LIVRE V. — CHAPITRE II
niers*. » Un évêque avait, en plein Londres, officié publiquement et confirmé dix -huit mille catholiques ". Tout était à l'espérance , et Bossuet s'en faisait l'écho dans l'oraison funèbre de la reine Henriette : « Si mon jugement ne me trompe pas ; si, rappelant la mémoire des siècles passés, j'en fais un juste rapport à l'état présent, j'ose croire, et je vois les sages concourir à ce sentiment, que les jours d'aveuglement sont écoulés, et qu'il est temps , désormais , que la lumière revienne ^. »
C'est pour aider à ce mouvement qu'Innocent X, sur la demande de la reine d'Angleterre, Henriette de France, invita saint Vincent de Paul à diriger de ce côté quelques-uns de ces missionnaires dont on commençait à raconter les merveilles. Notre saint se hâta de répondre à cette invitation. Seulement, au lieu d'envoyer ses prêtres en Ang-leterre, où travaillaient alors les oratoriens, les capucins et les jésuites, il partagea en deux la petite bande dont il pouvait disposer, et en envoya une partie en Irlande et l'autre en Ecosse.
Depuis Henri VIII , l'Irlande avait commencé son long' martyre. Ni les promesses, ni les menaces, ni la perte de ses biens, ni la mort, n'avaient pu lui arracher sa vieille indépendance et sa foi catholique. Après des insurrections partielles pour rejeter un joug' odieux, elle venait de faire, en 1641, un suprême elfort. Elle s'était soulevée en masse au cri de : Pro Deo, et rege et patria Hibernia, unanimes ! indiquant par cette devise qu'elle n'entendait pas se séparer de l'Angleterre et de son roi, mais que dans cette union elle voulait garder son indépendance et sa foi religieuse. Acclamée par
* Bossuet, Œuvres, t. XII, p. i 15 à -i 17; Paris, Louis Vives, 1864.
2 Michelet, Histoire de France, t. XI, p. 262.
3 Bossuet, Œuvres, p. 446.
l'assemblée générale de Kilkenny, déclarée juste et légitime par un concile national , la guerre n'en fut pas moins malheureuse. L'Irlande fut écrasée par des forces supérieures. Elle vit ses terres saisies, ses évêques et ses prêtres condamnés à mort, ses jeunes filles déportées en Amérique, ses plus vaillants citoyens enfermés dans des cachots. Que peut cependant la violence contre la foi ? Depuis le mariage d'Henriette de France, l'Irlande se reprenait à espérer, et elle se rejetait dans cette religion à laquelle elle avait fait de si grands sacrifices. L'heure était donc favorable pour l'arrivée des prêtres de la ]Mission. Consoler les victimes, soutenir les faibles, préparer les futurs martyrs était un assez beau champ à leur zèle. Comme la duchesse d'Aiguillon avait fourni à saint Vincent de Paul de l'argent pour ses missions d'Afrique, les présidentes de Lamoignon et de Herse lui en donnèrent pour sa mission dirlande. Il fit donc partir immédiatement huit missionnaires, dont cinq étaient Irlandais , et les dirigea sur Limerick et Cashel, dont les évêques appelaient à grands cris les prêtres de la Mission. A Limerick, leurs succès furent considérables. On venait non seulement de la ville, mais de tous les pays environnants, pour assister à leurs exhortations «. simples, claires et pathétiques », à leurs catéchismes (( familiers et solides )>, et pour faire des confessions générales. On en entendit plus de vingt mille. Il fallait quelquefois attendre des jours et des semaines, à cause des foules immenses qui entouraient les confesseurs. Il en fut de même à Cashel et dans d'autres villes, où ils entendirent plus de quatre -vingt mille confessions générales, avec des biens sans nombre dont on ignorera à jamais le détail , saint Vincent de Paul ayant défendu d'en écrire un mot, disant u qu'il suffisait que Dieu connût ce qui s'y était fait », et ajoutant « que le sang de ces martyrs ne serait pas en oubli devant Dieu, et que tôt ou tard il servirait à la produc-