‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 279 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE II

tion de nouveaux catholiques * ». Ce qui est arrivé. Car peu après, la tête de Charles I" étant tombée sur réchafaud et Cromwell nommé protecteur , d'horribles persécutions fondirent de nouveau sur l'Eg-lise d'Irlande. Les missionnaires durent se disperser et se cacher. Mais les fruits de leur passag-e ne disparurent pas avec eux ; « car il n'y eut pas un des curés et pasteurs des lieux où la mission avait été faite qui abandonnât ses ouailles; mais tous demeurèrent constamment pour les assister et défendre jusqu'à ce qu'ils furent mis à mort ou bannis pour la confession de la foi catholique. » Le maire et trois des principaux habitants de Limerick montèrent sur l'échafaud ; s'étant vêtus de leurs plus beaux habits , en signe de leur bonheur de donner leur vie pour Dieu, et « avant que d'être exécutés ils firent des harang'ues qui tirèrent les larmes des yeux de tous les assistants et même des hérétiques , déclarant au ciel et à la terre qu'ils mouraient pour la confession et la défense de la religion catholique ; ce qui confirma grandement tous les autres catholiques à conserver leur foi et à souffrir plutôt toutes sortes d'extrémités que de manquer à la fidélité qu'ils devaient à Dieu ^ » . De tels exemples n'ont pas été perdus. Enflammée par de tels souvenirs, l'Irlande a traversé trois siècles de spoliations et de souffrances , et elle est restée fidèle.

L'entrée des prêtres de la Mission en Ecosse eut lieu en 1651 ; elle fut plus difficile. L'Ecosse n'avait pas défendu sa foi comme l'Irlande ; elle avait défailli dès le jDremier jour, et la réforme y avait pris un caractère formidable. Le fanatique Knox et son successeur, plus dangereux encore , Melvil , avaient mis à feu les églises et les couvents , chassé et massacré les évêques et les

1 Abelly, t. I , p. 418.

2 Ihid., p. 417.

prêtres , et offert de grandes sommes d'argent à qui en livrerait un seul. Les prêtres de la Mission y entrèrent donc avec des précautions infinies, dég'uisés en marchands, et s' étant embarqués non pas à Calais, mais en Hollande, d'où leur départ devait être moins remarqué. Un jeune Ecossais catholique, nommé Mac-Donnel, leur servait d'interprète et de couverture. Mais à peine ils ont' mis le pied en Ecosse, qu'ils sont reconnus par un prêtre apostat, dénoncés et obligés de se cacher. Dans leur solitude, les deux chefs de la Mission, M. Duiguin et M. Le Blanc, délibèrent: Le mieux n'était-il pas de se séparer ? M. Le Blanc resterait en Ecosse, où seul il attirerait moins les regards, et M. Duiguin, plutôt que de rentrer en France, essaimerait de se jeter dans les îles Hébrides. C'étaient de petites îles, situées sur la côte à l'ouest de l'Ecosse, sans rapports les unes avec les autres , et toutes plongées dans la dernière des misères. Après avoir chassé les prêtres catholiques, la Réforme y avait envoyé quelques prêtres apostats ; mais la pauvreté y étant si grande, ceux-ci avaient disparu ; et depuis cinquante ans , ces peuples vivaient sans prêtres, sans religion, sans culte, ignorant jusqu'au nom de Notre -Seigneur Jésus- Christ. « On y trouvait des vieillards de quatre-vingts ans, de cent ans, qui n'étaient pas baptisés ^. » M. Duiguin commença donc d'aller d'île en île, assisté de deux hommes, l'un pour « l'aider à ramer dans le passage d'une île à l'autre , ou pour porter ses ornements sacerdotaux et son petit bagage dans des trajets à pied de quatre ou cinq lieues par les plus affreux chemins, qu'il fallait faire quelquefois avant de dire la messe ; l'autre, comme catéchiste et comme servant ». La vie était dure: « Un seul repas par jour, consistant en pain d'orge ou d'avoine, avec un peu de fromage ou de

1 Abelly, t. I, p. 464.

Page 1