‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 281 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE H · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE H

aucun catholique. Mais comme je commençais à travailler, j'ai dû revenir à la hâte, par suite d'une nouvelle et violente persécution des catholiques, par l'instigation des ministres qui ont obtenu un mandement du protecteur Cromwell, adressant à tous les juges et magistrats du royaume d'Ecosse, qui porte: que sur ce qui lui a été représenté, que plusieurs, principalement dans les provinces septentrionales, passent au papisme ; et , étant à propos d'en arrêter le cours et d'obvier à ce changement , il leur commande d'en faire une diligente perquisition , et particulièrement contre tous les prêtres , qu'il leur ordonne de faire mettre en prison, et ensuite punir selon les lois du royaume. » Mais il eut beau prendre toutes les précautions , il fut arrêté et mis en prison. « Nous recommanderons à Dieu, écrit saint Vincent de Paul, notre bon M. Le Blanc, qui travaillait dans les montagnes d'Ecosse, lequel a été pris prisonnier par les Anglais hérétiques avec un Père jésuite. On les a menés en la ville d'Aberdeen, d'où est M. Lunsden, qui ne manquera pas de le voir et de l'assister. Il y a beaucoup de catholiques en ce pays-là qui visitent et soulagent les prêtres souffrants. Tant il y a que voilà ce bon missionnaire dans la voie du martyre. Je ne sais si nous devons nous en réjouir ou nous en affliger ; car, d'un côté. Dieu est honoré de l'état où il est détenu, puisque c'est pour son amour ; et la compagnie serait bien heureuse si Dieu la trouvait digne de lui donner un martyr, et lui-même bien heureux de souffrir pour son nom, et de s'offrir comme il fait à tout ce qu'il plaira ordonner de sa personnne et de sa vie. Voilà comme Dieu fait, après que quelqu'un lui a rendu de notables services : il le charge de croix , d'afflictions et d'opprobres. Oh ! Messieurs et mes frères, il faut qu'il y ait quelque chose de grand que l'entendement ne peut comprendre dans les croix et dans les souffrances , puisque d'ordinaire Dieu fait succéder au

service qu'on lui rend les afflictions , les persécutions , les prisons et le martyre , afin d'élever à un haut degré de perfection et de gloire ceux qui se donnent parfaitement à son service. »

La loi disait qu'un prêtre catholique ne serait mis à mort que s'il avait été surpris disant la messe ; or il n'en était pas ainsi de M. Le Blanc ; il fut donc rendu à la liberté, mais à cette condition que s'il venait à prêcher ou à baptiser, il serait pendu sans autre forme de procès. Cette menace ne lui fit pas peur, et il s'enfonça de nouveau dans les montagnes d'Ecosse. « Nous remercions Dieu d'avoir ainsi délivré l'innocent, écrivit aussitôt saint Vincent de Paul, et de ce que parmi nous il s'est trouvé une personne qui a souffert tout cela pour l'amour de son Sauveur. Ce bon prêtre n'a pas laissé, pour la crainte de la mort, de s'en retourner aux montagnes d'Ecosse et d'y travailler comme auparavant. Oh ! quel sujet n'avons-nous point de rendre grâces à Notre-Seigneur d'avoir donné à cette compagnie l'esprit du martyre ! cette lumière, dis-je, et cette grâce qui lui fait voir quelque chose de grand , de lumineux, d'éclatant et divin, à mourir pour le prochain, à l'imitation de Notre-Seigneur. Nous en remercierons Dieu, et nous le prierons qu'il donne à chacun de nous cette même grâce de souffrir et de donner sa vie pour le salut des âmes. »

Pendant que saint Vincent de Paul , semblable à un général d'armée, dirigeait ses meilleurs troupes au milieu des horreurs d'Alger et de Tunis , des périls de l'Irlande , de l'Ecosse et des îles Hébrides , il fut sollicité par la princesse Louise-Marie de Gonzague, appelée récemment au trône de Pologne, d'envoyer quelquesuns de ses prêtres dans son nouveau royaume. La princesse Marie de Gonzague avait longtemps fait partie de l'assemblée de charité et vécu sous la direction de saint Vincent de Paul. Aussi, en même temps qu'elle

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