‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 282 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE II

essayait de se faire à Varsovie une cour toute française où elle introduisait les arts , la littérature , les modes et le goût de la France, comme elle était vraiment pieuse, elle demanda à saint Vincent de Paul des prêtres de la Mission , des Filles de la Charité et des sœurs de la Visitation. Notre saint, qui aimait paternellement la jeune reine, choisit pour mettre à la tête de la mission le premier de ses disciples, son assistant, homme d'une vertu à toute épreuve, M. Lambert, surtout d'une humilité, d'une prudence, d'une sag-esse et d'un dévouement héroïques. Aussi, bien qu'il lui en coûtât beaucoup de se séparer d'un tel homme, sur lequel, dans sa soixante -quinzième année, il aimait à se reposer, il n'hésita pas à le donner à la reine de Pologne. Il lui adjoignit quelques prêtres de grande vertu, et il le fit partir immédiatement (1651). Après des difficultés dont il est inutile de parler ici, ils arrivèrent enfin en Pologne et tombèrent en pleine peste. La reine voulut les retenir loin du fléau ; mais M. Lambert, jugeant que son premier poste était au milieu des pestiférés , partit immédiatement pour Varsovie , où la peste sévissait le plus fort. La reine en écrivit ausitôt à saint Vincent de Paul : « Le bon M. Lambert, voyant la crainte que les Polonais ont de la peste, a voulu aller à Varsovie pour mettre un meilleur ordre que celui qui y était , pour le soulagement des pauvres. Je donnai l'ordre qu'il fût logé dans le château et dans la propre chambre du roi. J'en i^eçois tous les jours des nouvelles, et tous les jours je lui recommande de ne pas s'exposer au péril. Il a auprès de lui tout ce qui est nécessaire pour me venir retrouver aussitôt que l'ordre qu'il met aux choses sera bien établi, et je l'exhorte à se dépêcher pour se rendre au plus tôt auprès de moi. Sans cette maladie, qui a troublé tous nos desseins, nous eussions achevé leur établissement à Varsovie. Il y a deux jours que vos Filles de Charité sont arrivées, dont je suis

très satisfaite. » Ces bonnes Filles de la Charité débutèrent par un acte de vertu qui aurait pu blesser la reine de Pologne, et qui la charma. Après quelques jours de repos elle leur dit: « Allons, mes sœurs, il est temps de commencer à travailler. Vous voilà trois ; j'en veux retenir une auprès de moi, et c'est vous, ma sœur Marguerite ; les deux autres iront à Krakovie servir les pauvres. — Ah ! Madame, répondit la sœur, que dites-vous ? Nous ne sommes que trois pour servir les pauvres, et vous avez dans votre royaume tant d'autres personnes plus capables que nous pour servir Votre Majesté ! Permettez -nous. Madame, de faire ici ce que Dieu demande de nous , et ce que nous faisons ailleurs. » La reine insista ; la sœur ne répondit cette fois que par ses larmes ; ce que voyant la reine : « Quoi, ma sœur ! dit -elle, vous refusez donc de me servir? — Pardonnez -moi, Madame; mais c'est que nous nous sommes données à Dieu pour le service des pauvres. » Touchée jusqu'aux larmes, la reine les laissa partir toutes trois au secours des pestiférés.

Mais la peste ne fut bientôt que le moindre des dangers , la guerre éclata. Et quelle guerre ! D'un côté , les Moscovites avec leurs immenses armées de Cosaques ; de l'autre , la Suède protestante avec ses vieilles troupes formées par le grand Gustave -Adolphe. D'un côté le schisme grec , de l'autre l'hérésie ; double main de fer , entre laquelle allait éclater la Pologne. La reine partit vaillamment avec le roi ; mais elle voulut que M. Lambert, en qui elle avait une confiance absolue, les accompagnât. Il le fit, quoique épuisé par ses fatigues au milieu des pestiférés, et bientôt, malgré les soins dont l'entoura la reine, il mourut comme un saint, dans des douleurs horribles supportées héroïquement , le 31 janvier 1653. Saint Vincent fut accablé de cette nouvelle. « Le bon M. Lambert, écrivit-il aussitôt à toutes ses maisons, est allé à Dieu dès le dernier jan-

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