‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 283 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE II

vier, n'ayant été que trois jours malade, mais d'une maladie si douloureuse, que lui-même disait qu'il ne la pourrait souffrir longtemps sans mourir ; ce qui est arrivé, après avoir reçu tous les sacrements par les mains de M, Desdames. Le confesseur de la reine de Pologne me mande qu'il est universellement regretté , et que , selon les pensées des hommes , il est difficile de trouver un ecclésiastique plus accompli et plus propre pour l'ouvrage de Dieu, et ajoute qu'il pouvait être nommé Dilectus Deo et hominibus , cuj'us memoria ùi henedictione est; il cherchait Dieu uniquement; et jamais personne en si peu de temps ne s'était si avancé en l'estime et les bonnes g-râces du roi et de la reine que lui ; et jamais personne n'a eu estime plus universelle ; car, partout où il a passé, il a répandu une grande odeur de ses vertus. Voilà les sentiments de ce bon docteur ; et la reine , qui m'en a écrit une grande lettre de sa main, après m'avoir exprimé sa satisfaction de ses conduites et son regret de ne l'avoir plus, finit par ces mots : « Enfin, dit -elle, si vous ne m'envoyez un « second M. Lambert, je ne sais plus que faire. « Ce qui marque la parfait-e confiance qu'elle lui avait. »

Pour remplacer M. Lambert, saint Vincent de Paul jeta les yeux sur un missionnaire d'une haute vertu, M. Ozenne, et il voulut qu'il partît immédiatement. Il arriva en Pologne au milieu de circonstances de plus en plus graves. Le protestantisme, qui régnait déjà en Angleterre, en Danemark, en Suède, en Hollande, et que la triste politique de Mazarin favorisait, comme l'avait déjà fait Richelieu, se trouvait à la veille de s'emparer de la Pologne, et, ce boulevard catholique renversé, de dominer toute l'Europe. On n'entend au milieu de ces malheurs que les gémissements de saint Vincent de Paul : « Oh ! Messieurs , ne vous semblet-il pas que Dieu veut transporter son Eglise en d'autres pays ? Oui , si nous ne changeons , il est à craindre que

Dieu ne nous l'ôte tout à fait, d'autant que nous voyons ces puissants ennemis de l'Eglise entrer dedans à main forte. Ce redoutable roi de Suède, qui en moins de quatre mois a envahi une bonne partie de ce grand royaume , nous devons craindre que Dieu ne l'ait suscité pour nous punir de nos désordres. Ce sont les mêmes ennemis dont Dieu s'est servi autrefois pour le même effet ; car c'est des Goths , Visigoths et Vandales , sortis de ces quartiers-là, dont Dieu s'est servi il y a douze cents ans pour affliger son Eglise. Ces commencements, les plus étranges qui aient jamais été, nous doivent faire tenir sur nos gardes. Un royaume d'une si grande étendue, presque envahi en moins de rien, en l'espace de quatre mois ! Seigneur ! qui sait si ce redoutable conquérant en demeurera là ? qui le sait '? » Tous les jours notre saint recevait des lettres où on lui représentait ses enfants, ses fils, M. Ozenne, M. Desdames, M. Duperroy, les uns pillés, volés par l'armée ennemie , se sauvant presque sans vêtements ; les autres au milieu des pestiférés, malades, épuisés, ne pouvant plus se soutenir. Il se servait de ces exemples pour pousser à la vertu, à l'héroïsme, ceux qui restaient à Paris. « Voyez-les, Messieurs, disait-il, comme ils sont indifférents à la mort et à la vie, et humblement résignés à ce que Dieu en ordonnera. Ils ne me marquent aucun signe d'impatience ni de murmure ; au contraire , ils paraissent disposés à souffrir encore davantage. En sommes-nous là, Messieurs et mes frères? Sommes-nous prêts d'endurer les peines que Dieu nous enverra et d'étouffer les mouvements de la nature, pour ne vivre plus que de la vie de Jésus -Christ? Sommes-nous disposés d'aller en Pologne, en Barbarie, aux Indes, lui sacrifier nos satisfactions et nos vies ? Si cela est , bénissons Dieu ; mais si , au contraire , il y en a qui craignent de quitter leurs commodités , qui soient si tendres que de se plaindre pour la

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