‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 285 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE II

de tous côtés ; si , dans cette ruine , il se trouve quelques personnes qui s'offrent à lui pour transporter ailleurs , s'il faut ainsi parler , les restes de son Egiise , et d'autres pour défendre et pour garder ici ce peu qui reste ! Sauveur! quelle joie recevez -vous de voir de tels serviteurs et une telle ferveur pour tenir bon et pour défendre ce qui vous reste ici ! Oh ! Messieurs , quel sujet de joie ! Vous voyez que les conquérants laissent une partie de leurs troupes pour garder ce qu'ils possèdent, et envoient l'autre pour acquérir de nouvelles places et étendre leur empire. C'est ainsi que nous devons faire : maintenir ici courageusement les positions de l'Eglise et les intérêts de Jésus -Christ, et avec cela travailler sans cesse à lui faire de nouvelles conquêtes et à le faire reconnaître par les peuples les plus éloignés. »

, Soutenus par un tel homme et un tel saint , rien ne put arracher les prêtres de la Mission à la Pologne mourante. Ils y fondèrent une foule d'établissements, séminaires , missions , paroisses , hôpitaux , avec lesquels ils aidèrent cette malheureuse nation à traverser les jours les plus affreux que puisse connaître un peuple et à conserver sa foi.

L'entrée des prêtres de la Mission en Italie ne connut pas ces grandes douleurs. On y était en plein pays catholique , et quiconque s'y présentait pour travailler au règne de Dieu y était reçu avec bonheur. Ils s'établirent ainsi sans aucune difficulté à Rome, à Turin, à Gênes , à Viterbe , à Palestrine , donnant partout des missions avec un succès extraordinaire , provoquant le clergé à des conférences du mardi , à des retraites spirituelles, chargés par le pape de diriger les retraites préparatoires aux ordinations , enthousiasmant les saints évêques qui voyaient se renouveler leur clergé, et répandant partout une telle odeur de sainteté, que plusieurs fois le pape en exprima tout haut son bonheur.

Il n'y a , dans toute cette histoire des missions d'Italie , qu'un seul fait à noter, qui révèle la bonté et la délicatesse du cœur de saint Vincent de Paul, et qui, comme cela arrive souvent, lui attira mille désagréments. Saint Vincent de Paul avait toujours eu un faible pour son ancien élève Jean -François -Paul de Gondi , cardinal de Retz , malgré sa conduite trop souvent légère et inconsidérée. Quand ce prélat avait été, par ordre de Mazarin , enfermé à Vincennes , et que par un de ces traits d'habileté dont sa vie abonde il avait, en vue de la mort prochaine de son oncle l'archevêque de Paris, dont il était le coadjuteur, donné à deux chanoines de Notre-Dame une procuration sans date pour leur faire prendre possession du diocèse en son nom, le bon saint y avait vu une attention de la Providence. « Dieu disposa samedi dernier de Ms' l'archevêque de Paris, écrivait -il à M. Ozenne en Pologne ; et en même temps M^'^ le cardinal de Retz prit possession de cette Eglise par procureur et y fut reçu par le chapitre, quoiqu'il soit toujours au bois de Vincennes. La Providence lui avait fait faire une procuration à cet effet et nommer deux grands vicaires , quelques jours avant qu'il fût arrêté, sur le dessein qu'il avait dès lors d'aller faire un voyage à Rome , et cela en cas que Dieu disposât de monsieur son oncle pendant son voyage ; de sorte que ses grands vicaires , qui sont deux chanoines de Notre-Dame, font à présent leurs fonctions, et nous avons des ordinands par leur ordre. Tout le monde admire cette prévoyance pour avoir eu son effet fort à propos, ou plutôt la conduite de Dieu, qui n'a pas laissé ce diocèse un seul jour sans pasteur , lorsqu'on veut lui en donner un autre que le sien. » Transféré du fort de Vincennes au château de Nantes, le cardinal de Retz se fit descendre par une corde du haut d'un bastion, et s'enfuit à Rome se mettre sous la protection du pape. Alors éclata la co-

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