‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 286 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE II

1ère de Mazarin. Les biens du cardinal furent mis sous séquestre ; son vieux père , le révérend Père de Gondi , exilé , ses amis menacés , et défense faite à tous les prêtres de Paris d'avoir aucun rapport avec lui. Vincent de Paul avait l'âme trop grande pour obtempérer à de pareils ordres. Pauvre , il emprunta de l'argent pour l'envoyer au cardinal , qui le refusa noblement , et il écrivit au supérieur de sa maison de la Mission à Rome de le recevoir avec tous les honneurs dus à un archevêque de Paris. Cette fois, la colère de Mazarin ne connut plus de bornes. Par ordre de Louis XIV, tous les prêtres français de la Mission durent quitter Rome , et saint Vincent leur écrivit de rentrer immédiatement en France, « Nous avons sujet de bénir Dieu , Messieurs, disait saint Vincent de Paul à sa communauté, de ce qui vient d'être fait au sujet de Ms'^ le cardinal de Retz , que la mission de Rome a reçu chez elle : 1° en ce que nous avons fait en cela un acte de reconnaissance , ayant ordonné au supérieur de la Mission à Rome qu'il eût à recevoir à la Mission mondit seigneur le cardinal ; et enfin , en deuxième lieu , de ce qu'on a encore mis en pratique un autre bel acte d'obéissance, en obéissant au commandement du roi, lequel, n'étant pas satisfait des conduites de mondit seigneur le cardinal de Retz, a trouvé mauvais qu'on l'eût reçu chez nous, à Rome, ce qui lui a donné sujet de mander au supérieur de ladite maison de la Mission de Rome et à tous les prêtres missionnaires français qui y étaient, de sortir de Rome et de s'en venir en France ; et voilà que le supérieur est déjà arrivé ici. » Mais ce ne fut sur cette maison de Rome qu'un nuage qui passa vite. Elle se rouvrit peu après, honorée plus qu'elle ne l'avait encore été de la bienveillance du pape et des sympathies du clergé romain. « Il a plu à Dieu et à notre saint- père le Pape, écrivait saint Vincent de Paul le 11 janvier 1660, d'envoyer les ordinands aux

pauvres gueux de la Mission de Rome aux Quatre- Temps derniers. MM. les abbés de Chandenier s'y sont trouvés par une providence spéciale de Dieu, qui a voulu édifier par leur modestie, leur piété, leur recueillement et les autres vertus qu'ils pratiquent. » Rare humilité qui renvoyait à d'autres les grands fruits d'édification que produisaient ses propres enfants. Le pape félicita les prêtres de la Mission en plein consistoire.

Mais, si vastes que fussent toutes ces missions, et bien qu'elles embrassassent toute l'Europe et une partie de l'Afrique , elles ne satisfaisaient pas encore le cœur de saint Vincent de Paul. Il aurait voulu évangéliser le monde entier. Dans l'inquiétude où il était de voir l'Occident perdre la foi, il aurait voulu illuminer l'Orient. « Je vous avoue, Monsieur, écrivait-il à M. d'Horgny à Rome, que j'ai beaucoup d'affection et de dévotion , ce me semble , à la propagation de l'Eglise aux pays infidèles , par l'appréhension que j'ai que Dieu l'anéantisse peu à peu de deçà, et qu'il n'y en reste point ou peu d'ici à cent ans , à cause de nos mœurs dépravées et de ces nouvelles opinions qui croissent de plus en plus, et à cause de l'état des choses. Elle a perdu depuis cent ans , par de nouvelles hérésies , la plupart de l'Empire et les royaumes de Suède , de Danemark , de Norwège , d'Ecosse , d'Angleterre , d'Irlande, de Bohême et de Hongrie. De sorte qu'il reste l'Italie, la France, l'Espagne et la Pologne, dont cette dernière et la France sont beaucoup mêlées des hérésies des autres pays. Or ces pertes d'Eglise depuis cent ans nous donnent sujet de craindre, dans les misères présentes , que dans cent autres années nous ne perdions tout à fait l'Eglise en Europe; et, dans ce sujet de crainte, j'estime bienheureux ceux qui pourront coopérer à étendre l'Eglise ailleurs ^ » Et une autre fois :

1 Leilres, t. I. p. o60 , 11° 482.

Page 1