‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 289 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE II

âme entre les mains de son Créateur, le quatorzième jour de sa maladie.

« Le lendemain il fut enterré avec les pleurs de tous les Français , et même d'un grand nombre de ces pauvres infidèles, lesquels disaient qu'ils n'avaient point vu jusqu'à notre arrivée des hommes qui ne fussent point colères et fâcheux, et qui leur enseignassent les choses du ciel avec tant d'affection et de douceur, comme faisait le défunt.

« Vous pouvez penser quels furent les ressentiments de mon pauvre cœur dans la perte de celui que j'aimais comme moi-même, et qui était en ce pays, après Dieu, toute ma consolation. Je demandai à Notre -Seigneur Jésus -Christ qu'il lui plût me communiquer la portion des grâces qu'il donnait au défunt, afin que je pusse faire seul l'ouvrage des deux; et j'ai ressenti après sa mort l'effet de ses prières, et une double force de corps et d'esprit pour travailler à la conversion de ces pauvres infidèles , et à tout ce qui pourrait contribuer à l'avancement de la gloire de Dieu dans ce pays. »

A la nouvelle de cette mort , saint Vincent de Paul se hâta d'envoyer de nouveaux missionnaires pour venir en aide à M. Nacquart, demeuré seul, et qui ployait sous le fardeau. Mais, hélas! quand ils arrivèrent, heureux d'avoir ce saint missionnaire pour leur servir de chef, ils ne trouvèrent que son tombeau. « Oh ! Monsieur, écrivait M. Bourdaise, les paroles me manquent tout à fait pour vous expliquer les amertumes de ma pauvre âme. Dieu sait quels furent nos regrets et nos larmes , quand , à notre première arrivée dans cette île , nous n'y trouvâmes que les cendres de M. Nacquart, lui qui nous y devait tenir lieu d'un Joseph pour nous y recevoir comme ses frères , et d'un Moïse pour nous conduire dans les déserts affreux de cette solitude. » Il ajoute : « La perte que je fis un peu après de la personne de M. Mousnier, que son zèle

consuma en moins de six mois , me fut encore d'autant plus sensible, que je me trouvai seul pour en supporter la pesanteur; cette plaie a toujours saigné depuis dans mon cœur. « Cette terre ingrate dévore ses apôtres. « M. de Belleville est mort dans le chemin. M. Prévost, après avoir essuyé les fatigues du voyage, est mort. M. Dufour, que je n"ai vu ici que pour connaître le prix de ce que je devais perdre, est mort. Enfin tous ceux de vos enfants que vous avez envoyés à Madagascar sont morts; et je suis ce misérable serviteur demeuré seul pour vous en donner la nouvelle. ^> M. Bourdaise conjurait néanmoins saint Vincent de Paul de ne pas se décourager. « S'il y avait seulement deux ou trois prêtres, j'espérerais que devant un an tout le pays, quoique très grand, serait baptisé. » Notre saint n'avait pas besoin d'être soutenu. « Cet homme de Dieu, éclairé du Saint-Esprit, reconnaissait que toutes ces adversités et oppositions étaient plutôt des marques que Dieu approuvait son entreprise , que des empêchements que sa Providence y voulût apporter; c'est pourquoi, se relevant comme la palme sous un faix qui eût accablé un courage moindre que le sien , il prit une forte résolution de continuer ce qu'il avait si bien commencé avec le secours de la grâce, sur laquelle il mettait son unique appui. Il disait que « TEgiise universelle avait été établie par la mort du Fils de Dieu , affermie par celle des apôtres, des papes et des évêques martyrisés; qu'elle s'était multipliée par la persécution , et que le sang des martyrs avait été la semence des chrétiens ; que Dieu avait coutume d'éprouver les siens lorsqu'il avait quelque grand dessein sur eux; que sa divine bonté faisait connaître qu'elle voulait à présent, autant que jamais, que son nom fût connu, et le royaume de son Fils établi en toutes les nations ; qu'il était évident que ces peuples insulaires étaient disposés à recevoir les lumières de l'Evangile, et que

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