LIVRE Y. — CHAPITRE II
six cents d'entre eux avaient déjà reçu le baptême par les travaux d'un seul missionnaire que Dieu y avait conservé, et que ce serait contre toute raison et charité d'abandonner ce serviteur de Dieu qui crie au secours, et délaisser ce peuple qui ne demande qu'à être instruit ».
« Toutes ces considérations et d'autres semblables lui firent prendre résolution d'envoyer encore , sur la fin dé l'année 1659, cinq autres missionnaires en cette île éloignée, à savoir, quatre prêtres et un frère, lesquels, méprisant les dangers et la mort, s'étaient ofîerts à lui, et lui avaient fait de g-randes instances pour aller par ses ordres travailler en cette périlleuse et difficile mission*. »
Ces cinq missionnaires partirent de France , et s'embarquèrent sur la fin de l'année 1659; et la providence de Dieu a voulu qu'ils aient été obligés de revenir à Paris au bout de dix-huit mois, le navire qui les portait ayant fait naufrage au cap de Bonne -Espérance, où tous ceux qui étaient dedans s'étaient sauvés, grâce à Dieu. Ces bons missionnaires y demeurèrent jusqu'à ce que la flotte des Hollandais , passant par là dix mois après ce naufrage, les ramena en France.
« M, Vincent était déjà décédé quand la nouvelle de ce dernier accident arriva, qui l'aurait sans doute affligé au dernier point. De sorte que voilà dix-neuf ou vingt personnes de sa compagnie qu'il a fait embarquer en divers temps pour aller travailler à la conversion des habitants de cette île et pour établir parmi eux l'empire de Jésus -Christ, dont il y en a sept qui sont morts dans ce glorieux travail, y compris M. Bourdaise, qui est resté le dernier; et les autres ont été obligés de revenir par les ordres secrets et incompréhensibles de la providence de Dieu , qui ne leur a pas
1 Abelly, t. I, p. -4-17-148.