‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 29 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE III

me donnera bientôt le moyen de faire une honnête retraite, pour employer le reste de mes jours auprès de vous. J'ai dit l'état de mes affaires à M. de Saint- Martin, qui m'a témoigné qu'il voulait succéder à la bienveillance et à l'affection qu'il a plu à M. de Commet nous porter; je l'ai supplié de vous communiquer le tout. J'eusse bien désiré savoir l'état des affaires de la maison, et si tous m^s frères et sœurs, et le reste de nos autres parents et amis , se portent bien , et notamment si mon frère Gayon est marié, et à qui. D'ailleurs, comment vont les affaires de ma sœur Marie de Paillole, et si elle vit toujours et fait une même maison avec son beau-frère Bertrand? Quant à mon autre sœur, j'estime qu'elle ne peut être qu'à son aise , tant qu'il plaira à Dieu la tenir accompagnée. Je désirerais aussi que mon frère fît étudier quelqu'un de mes neveux ; mes infortunes et le peu de service que j'ai encore pu faire à la maison lui en pourront , possible , ôter la volonté ; mais qu'il se représente que l'infortune présente présuppose un bonheur à l'avenir. C'est tout, ma mère, ce que je puis vous dire par la présente, fors que je vous supplie présenter mes humbles recommandations à tous mes frères et sœurs, et à tous nos autres parents et amis, et que je prie Dieu sans cesse pour votre santé et pour la prospérité de la maison, comme celui qui vous est et vous sera toujours, ma mère, le plus humble, plus obéissant et serviable fils et serviteur.

« P,-S. Je vous supplie présenter mes humbles recommandations à tous mes frères et sœurs et à tous nos parents et amis, et notamment à Bétan*. »

Il se passa alors une chose fort extraordinaire qui eut sur la vie de saint Vincent de Paul une influence décisive. Incertain, hésitant jusque-là, il trouva enfin

1 Lettres, t. I, p. 14-15, n» 3.

sa voie. Le fait héroïque que nous allons raconter fut comme l'acte de naissance et baptême du patron des Œuvres de Charité. Il y avait alors à Paris un docteur en théologie qui, après s'être illustré dans des luttes publiques avec les hérétiques, \dctime probablement de son orgueil , fut pris de violentes tentations contre la foi. Il ne pouvait plus ni dire la messe, ni réciter son bréviaire, ni entrer dans une église, tout ce qui rappelle la pensée de Dieu et de Notre -Seigneur ne servant qu'à amener d'affreuses tentations de blasphèmes. Emu de compassion à la vue de ce pauvre prêtre , qu'il connaissait, ayant essayé de le guérir par tous les moyens possibles , saint Vincent de Paul eut un de ces mouvements sublimes dont on ne voit que quelques rares exemples dans l'histoire. Il conjura Dieu de rendre la foi à ce malheureux prêtre , s'offrant de se soumettre lui-même, s'il le fallait, au fardeau que ce pauvre frère ne pouvait plus porter. Il fut exaucé à l'heure même. Pendant que celui-ci sentait la lumière renaître dans son esprit, avec la paix et la joie dans son cœur, Vincent de Paul descendait lui-même au fond de ces abîmes de doutes, de tentations et de ténèbres dont il venait de le tirer. Il y resta quatre ans *, dans un accablement qui faisait peine à voir, n'ayant plus de force que pour multiplier ses visites dans les hôpitaux et pour se plonger dans les œuvres de charité. C'est par là qu'il sortit de cette épreuve. Un jour qu'il était plus désolé que de coutume, il tomba à genoux, et il fit vœu de consacrer sa vie à Jésus-Christ dans la personne des pauvres. Il n'eut pas plus tôt prononcé ces paroles , que ses souffrances s'évanouirent ; la paix lui fut rendue. Et il a avoué depuis qu'à partir de ce jour il lui sembla voir les vérités de la foi dans une lumière sans ombres.

1 Collet, t. I, p. 27.

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