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CHAPITRE III

Expansion de la Compagnie. — Saint Vincent de Paul donne des règles aux Filles de la Charité.

La propagation des Filles de la Charité n'avait pas été aussi rapide que celle des prêtres de la Mission. Si on en excepte la Pologne, où elles venaient de fonder une maison à Varsovie (1652), elles n'avaient pas encore franchi les frontières de la France. Même là elles n'avaient encore qu'une cinquantaine de maisons ; mais on les demandait de toutes parts ; et les lettres épiscopales, s'amoncelant sur la table du saint fondateur, disaient assez que l'heure de l'épanouissement approchait.

Calculons les progrès qu'elles avaient déjà faits.

Fondées en 1633 pour aider les dames de l'Assemblée qui allaient visiter les pauvres à domicile , elles étaient sorties de cette situation inférieure à force d'humilité , de modestie , de dévouement ; et sans qu'elles le désirassent, sans même qu'elles s'en aperçussent, elles avaient vu ces grandes dames s'effacer et se retirer devant elles. De là, sans qu'elles y pensassent davantage, elles étaient entrées dans les hôpitaux : d'abord dans celui d'Angers, « où l'on trouvait qu'elles avaient une bénédiction de Dieu toute particulière pour le service

des pauvres malades des hôpitaux. » Ce qui explique les instances de l'évêque d'Angers pour les avoir dans son second hôpital. Saint Vincent de Paul ne put les lui refuser, malgré leur petit nombre. Et bientôt, en dépit de toutes les résistances , il lui en fallut donner à riiôpital de Nantes ; à la Fère , où elles devinrent Téditication de toute la ville; à Gahors, à Metz, où la reine les envoyait pour « faire connaître la sainteté de la religion catholique aux hérétiques vet aux juifs, si nombreux dans cette ville » ; à l'hôpital d'Ussel , en Limousin ; et un peu plus tard à Narbonne , à Sainte- Menehould , et enfin dans les cinq ou six hôpitaux de Paris, où elles se multipliaient comme par enchantement , au grand contentement des malades et des médecins.

Des hôpitaux ordinaires aux hôpitaux des galériens , il n'y avait qu'un peu plus de dévouement à avoir, et ce n'était pas de quoi faire reculer les Filles de la Charité ; mais ici encore l'initiative ne vint pas d'elles. Elle vint des dames de l'Assemblée, qui sentirent promptement que si leurs visites, accompagnées « de confitures et quelquefois d'un petit écu », pouvaient faire du plaisir et même du bien aux pauvres forçats , elles ne pouvaient pas leur suffire ; et que pour leur faire prendre leurs maux en patience, pour les empêcher de blasphémer Dieu et les hommes, il fallait des dévouements, des soins délicats que seules pouvaient leur donner les sœurs de Charité. Elles en parlèrent à saint Vincent de Paul, qui tressaillit. Ce bon et tendre vieillard avait un faible pour ses chers forçats. Les voir confiés aux mains de ses filles à Paris , à Marseille , à Toulon, à Alger, lui fut d'une douceur extrême. Il ne sut pas en cacher l'expression.

En même temps , et toujours par la même force des choses , les enfants trouvés tombaient de plus en plus à la charge des Filles de Charité. Après la seconde

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