‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 293 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE III

crise si pénible que nous avons racontée , il devint évident que , si elles ne s'en chargeaient pas entièrement , l'œuvre aurait bientôt péri. Elles hésitèrent un instant. M^'^ Le Gras trouvait le fardeau trop lourd ; où trouver chaque année tant d'arg-ent ? Mais , quand le grand hôpital des Enfants-Trouvés eut été établi, elles n'hésitèrent plus, et elles apportèrent à ces pauvres abandonnés un cœur et des tendresses qu'elles ne leur ont jamais retirés depuis.

Ainsi chaque année les appelait à une nouvelle œuvre. Après les enfants trouvés, les petites écoles. Nous avons vu qu'elles les commencèrent dès 1641. Depuis elles ne les abandonnèrent plus. C'était l'œuvre de prédilection de la première Fille de Charité, Marguerite Nazeau. Instruire les enfants dans l'art de parler et d'écrire, les mettre en état de gagner leur vie, et, en faisant cette grande chose, en faire une plus grande encore : avec la lumière terrestre, leur donner la lumière divine; former leur âme, leur conscience, en formant leur esprit; mettre en elles la foi, la pureté, l'amour de Dieu. « 11 n'v a rien, disait saint Vincent de Paul, qui soit plus digne de vous. Oh! mes jfilles, disait-il, vous devez vous instruire, pour devenir capables d'enseigner les petites filles ; c'est à quoi vous devez vous rendre bien soigneuses , puisque c'est un des deux desseins que vous devez avoir en vous donnant à Dieu. »

Il ne faudrait pas oublier un service que les Filles de Charité commençaient à rendre à la société et aux âmes , dévouement exceptionnel , mais le plus beau de tous : le dévouement sur les champs de bataille. Pendant les grandes guerres , on les avait vues à l'œuvre , et on ne pouvait plus s'en passer. On les appelait de partout. « Oh ! mes filles , leur disait saint Vincent de Paul, voilà que la reine vous demande pour aller à Calais panser les pauvres soldats blessés. Eh ! quel

sujet de vous humilier, mes sœurs, voyant que Dieu veut se servir de vous pour de si grandes choses 1 Les hommes vont à la guerre pour tuer les hommes, et vous, mes filles, vous y allez pour réparer le mal qu'ils font. Oh ! quelle bénédiction de Dieu ! Les hommes tuent le corps et bien souvent l'âme ; et vous , vous allez pour redonner la vie , ou pour le moins aider à la conserver en ceux qui resteront par le soin que vous en aurez. ^> — « Des filles avoir le courage d'aller aux armées , d'aller visiter de pauvres blessés , non seulement dans la France, mais jusque dans la Pologne! Ah ! mes filles, y a-t-il rien de pareil à cela ! Avez-vous jamais ouï dire qu'il se soit fait chose pareille ? Pour moi, je n'ai jamais vu cela, et ne sache pas qu'il se soit trouvé aucune compagnie qui ait fait les œuvres que Dieu fait par la vôtre. »

Des quatre filles que saint Vincent avait envoyées à Calais , deux succombèrent promptement. « Je recommande à vos prières les Filles de la Charité que nous avons envoyées à Calais pour assister les pauvres soldats blessés. De quatre qu'elles étaient, il y en a deux décédées , qui étaient des plus fortes et robustes de leur compagnie ; cependant les voilà qui ont succombé sous le faix. Imaginez-vous, Messieurs, ce que c'est que quatre pauvres filles à l'entour de cinq ou six cents soldats blessés ou malades. Voyez un peu la conduite et la bonté de Dieu de s'être suscité en ce temps une compagnie de la sorte. » Il ajoute : « La reine nous a fait l'honneur de nous écrire , pour nous mander d'en envoyer d'autres à Calais, afin d'assister ces pauvres soldats. Et voilà que quatre s'en vont partir aujourd'hui pour cela. Une d'entre elles, âgée d'environ cinquante ans, me vint trouver vendredi dernier à l'Hôtel-Dieu, où j'étais, pour me dire qu'elle avait appris que deux de ses sœurs étaient mortes à Calais, et qu'elle venait s'offrir à moi pour y être envoyée à leur

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