‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 295 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE III

que n'avez -vous plus de confiance et d'acquiescement à la conduite et à l'exemple de Jésus -Christ ! Ce Sauveur du monde se rapportait à Dieu son Père pour l'état de toute l'Eglise ; et vous , pour une poignée de filles que sa Providence a notoirement suscitées et assemblées , vous pensez qu'il vous manquera I Allez, Mademoiselle, humiliez-vous beaucoup devant Dieu. »

Mais , si saint Vincent de Paul ne se pressait pas de rédiger les règles des Filles de la Charité , il y pensait sans cesse. Il en mûrissait lentement dans son esprit les lignes générales et jusqu'aux moindres détails. Déjà il en avait résolu et fait pratiquer sous ses yeux une foule de points essentiels. Mais il en restait encore plusieurs, obscurs, deux surtout des plus délicats. Le premier était de savoir à qui serait définitivement confié le gouvernement général des Filles de la Charité. Serait-ce à son successeur, le supérieur général des prêtres delà Mission, ce qui semblait assez naturel, les deux grandes compagnies devant avoir le même esprit? Serait-ce, au contraire, à un supérieur spécial nommé par l'archevêque de Paris , comme le pratiquaient les religieuses du Carmel , celles de la Visitation et de beaucoup d'autres ordres ? Par humilité, par esprit d'entière obéissance à la direction des évêques , saint Vincent de Paul s'était arrêté à ce dernier parti ; et il avait, dès 1646, adressé une requête en ce sens à l'archevêque de Paris, le priant d'ériger en confrérie la société des Filles de la Charité sous la direction d'un prêtre nommé par lui. L'archevêque, qui était alors Jean -François de Gondi , cardinal de Retz, s'était empressé d'accueillir favorablement cette demande, et il avait naturellement nommé le saint fondateur supérieur général des Filles de la Charité sa vie durant. Après sa mort, l'archevêque se réservait le droit d'en nommer un autre. De l'archevêché les pièces avaient été en-

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voyées au parlement pour y être enregistrées en la forme ordinaire, et le roi s'était empressé, lui aussi, d'accorder des lettres patentes. Mais là il était arrivé un événement singulier, où Ton crut plus tard, et avec raison, apercevoir la main de Dieu. Les pièces, signées et contresignées par M. de Méliand, procureur du parlement, s'égarèrent, et on les chercha vainement pendant plusieurs années sans qu'on pût jamais les retrouver. Il fallut en refaire d'autres, qui ne furent prêtes que huit ans après, en 1655. M'^^ Le Gras, qui ne pouvait pas penser sans inquiétude qu'un jour ses filles ne seraient plus sous le gouvernement des successeurs de son vénéré père, profita de ce long intervalle pour essayer de le faire revenir sur cette résolution. Pourquoi séparer deux œuvres qui ont eu le même fondateur, qui ont le même but et qui doivent avoir le même esprit ? Ne pourrait-on pas obtenir au moins que l'archevêque de Paris choisît dans les prêtres de la Mission le supérieur qu'il doit nommer ? S'il le prend ailleurs, n'est-il pas à craindre que, dans le nombre, il ne s'en trouve qui , n'ayant pas son esprit , n'essaye d'en faire dévier la congrégation ; et qu'ainsi, ballottée de directions en directions différentes, elle ne finisse par périr ? Voilà ce que M'^* Le Gras écrivait à saint Vincent de Paul en 1646; ce qu'elle lui répétait en 1647, en 1651 ; ce dont elle lui fit un mémoire détaillé, avec des supplications si humbles, si ardentes, que saint Vincent de Paul se laissa gagner. Il refit une requête à l'archevêque de Paris ; mais celte fois il demanda que le supérieur général des Filles de la Charité fût toujours le supérieur général des prêtres de la Mission. Ce qui lui fut gracieusement accordé par le cardinal de Retz, le 18 janvier 1655. « D'autant, disait l'ancien élève de notre saint , que Dieu a béni le soin et travail que notre dit cher et bien -aimé Vincent de Paul a pris pour faire réussir ce pieux dessein, nous lui avons

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