‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 296 sur 394 · LIVRE V. — CHAriTRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAriTRE III

derechef confié et commis, et par ces présentes confions et commettons la conduite et direction de la susdite société et confrérie sa vie durant, et après lui à ses successeurs généraux de ladite cong-régation de la Mission. « Ce que le roi d'abord en 1657, le pape ensuite en 1668 , approuvèrent et confirmèrent de leur double autorité royale et pontificale.

Cette première difficulté résolue , et grâce à M"® Le Gras, d'une manière dont deux siècles ont montré la sagesse, il fallait en résoudre une seconde. Sous le gouvernement des supérieurs généraux de la Mission , la congrégation avait besoin d'une supérieure générale qui, de Paris , dirigeât toutes les maisons des Filles de la Charité répandues dans le monde entier. Or cette supérieure générale, où la prendrait-on? Serait-ce parmi les Filles de la Charité ? Mais elles avaient été créées pour être les servantes des dames de l'Assemblée, pour faire les gros ouvrages dont celles-ci ne voulaient pas se charger ; et pourrait-on, parmi ces bonnes filles, en trouver une qui fût capable de diriger les autres ? Serait-ce alors parmi les dames de l'Assemblée? Là rien ne manquerait: ni l'intelligence, ni l'expérience, ni le dévouement, ni les grandes alliances, qui amènei^aient les grandes protections. A la bonne heure ! Mais ces grandes dames, presque toutes mariées, ayant des enfants, de grands trains de maison, auraient- elles le temps de conduire une congrégation qui se multipliait chaque jour? Et si elles avaient le temps, auraientelles cet esprit de pauvreté , de simplicité , de vie religieuse , qu'elles devaient inculquer à leurs filles ? Pour toutes ces raisons , saint Vincent de Paul décida que la supérieure générale serait prise parmi les Filles de la Charité. D'ailleurs, depuis leur origine, le caractère de ces pieuses filles avait bien changé. On avait vu entrer parmi elles une foule de personnes de bonne maison , et on avait entendu des femmes du grand monde re-

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gretter sur leur lit de mort de n'avoir pas pris l'humble habit des servantes des pauvres.

Joignez à ces deux points ainsi résolus ceux qui l'avaient été précédemment, et que depuis dix ans on pratiquait partout : à savoir que les Filles de Charité ne seraient pas religieuses, ni cloîtrées ; qu'elles ne feraient pas de vœux perpétuels, ni solennels, ni simples; qu'elles ne feraient que des vœux d'un an ; qu'elles n'auraient point d'habits religieux ; qu'elles garderaient leurs habits séculiers ; qu'elles n'auraient pas d'aumôniers ni de confesseurs spéciaux, mais que ce serait ordinairement le curé, dont elles seraient l'aide dans les choses de charité ; réunissez tous ces traits , et vous verrez que les règles étaient finies. Il n'y avait plus qu'à les écrire ; ce que fit saint Vincent de Paul dans le cours de l'année 1655. Il était âgé de soixante -dixneuf ans, plein de sagesse, d'expérience, rayonnant d'humilité et de sainteté.

La rédaction achevée , saint Vincent de Paul voulut donner à ses filles la grande joie d'en entendre la lecture dans une séance solennelle d'installation. Il réunit donc, le 30 mai 1655, toutes les Filles de la Charité qui étaient à Paris et aux environs, et il leur parla à peu près en ces termes :

(( Mes bonnes filles, la Providence vous a toutes assemblées, et, ce semble, avec le dessein que vous honoriez la vie humaine de Jésus- Christ sur la terre. Oh ! qu'il y a d'avantage d'être en une communauté ! car chaque particulier participe au bien que fait tout le corps , et reçoit par ce moyen une plus abondante grâce.

« Et cependant, quoique assemblées pour vivre en commun , vous n'avez point encore eu de règlement pour votre manière de vie. Et en cela la divine Providence vous a conduites comme elle a fait son peuple, qui a été plus de mille ans sans loi. Notre-Seigneur en

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