‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 299 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE

toutes les sœurs qui savaient écrire y apposèrent leurs noms. Saint Vincent ne voulut signer que le dernier,^ et il fit passer avant lui non seulement M"^ Le Gras et les offîcières , mais toutes les sœurs présentes , et il apposa à côté de sa signature le sceau de la Mission , qui représentait Jésus-Christ les bras étendus comme pour accueillir ceux qui viennent à lui.

Ces choses terminées, il semble que saint Vincent de Paul avait, de ce côté du moins, fini sa tâche. Il avait donné M"® Le Gras pour supérieure aux Filles de la Charité ; il leur avait donné pour père spirituel et directeur M. Portail, le premier, le plus cher, le plus saint de tous ses disciples. Il pouvait se reposer sur eux de l'avenir et de la sainteté de sa congrégation. Mais comment aurait -il abandonné ces chères Filles de la Charité? Ni ses quatre-vingts ans qui allaient sonner, ni la multitude de ses affaires, ni une correspondance formidable, ni ses jambes qui commençaient à le porter si difficilement, ne poussaient l'empêcher de venir les voir. Dans les derniers temps, âgé de quatre-vingtquatre ans, il fallait le soutenir sous les bras pour lui faire gagner son fauteuil. Mais, quand il était assis, on oubliait son grand âge , ses infirmités , tant son esprit était vif, tant sa parole avait dans sa familiarité et sa simplicité charmante une sorte d'éloquence irrésistible qui allait au cœur. Comme un artiste qui polit et repolit son œuvre afin de l'amener à la suprême beauté , il venait tous les mercredis pour expliquer à ses chères filles les règles qu'il leur avait données. « Aujourd'hui, mes très chères sœurs, leur dit-il, le 18 octobre 1655, je commencerai à vous expliquer vos règles communes. On les appelle ainsi parce que toutes les Filles de la Charité doivent les observer , les garder en quelque lieu et office qu'elles soient , non seulement à Paris , mais encore aux champs , aux paroisses , aux hôpitaux, aux forçats, au Nom-de- Jésus, aux pauvres insensés, aux

Enfants -Trouvés, enfin partout*. » On notera cette belle énumération. C'est la charité adaptée à toutes les misères et aussi vaste qu'elles.

Il explique comment toutes ces œuvres sont nées. C'est Dieu qui les a successivement données aux Filles de la Charité comme une récompense de leur dévouement. « Vous savez, mes filles, que vous vous êtes données à Dieu pour assister les pauvres malades , non en une maison seulement comme celle de l'Hôtel-Dieu , mais partout, les allant trouver en leur maison, ainsi que faisait Notre-Seigneur. Ce que voyant. Dieu a dit: Ces filles me plaisent , elles se sont bien acquittées de cet emploi ; je veux leur en donner un second , et c'est celui des pauvres enfants abandonnés, qui n'avaient personne pour prendre soin d'eux. Et comme il a vu que vous avez embrassé ce second emploi avec tant de charité, il dit : Je vais leur en donner encore un autre. Et quel est cet autre emploi ? C est l'assistance des pauvres forçats. Oh! mes filles, quel bonheur pour vous de les servir , eux qui sont délaissés entre les mains de personnes qui n'en ont aucune pitié ! Je les ai vus , ces pauvres gens, traités comme des bêtes. x\près cela Dieu a voulu vous confier ces pauvres gens qui ont perdu l'esprit. Il faut aller à ces pauvres pour honorer en eux la sagesse incarnée d'un Dieu qui a voulu être traité d'insensé. Nous ne savons pas si nous vivrons assez longtemps pour voir si Dieu donne de nouveaux emplois à la compagnie. Assurément il le fera si nous faisons tout bien, comme je l'espère ~. >->

Ainsi, en récompense de ce qu'elles se seront immolées et sacrifiées pour les pauvres, les malades, les enfants trouvés, les forçats, les fous, le saint espère

1 Conférences aux Filles de Charité, t. II, p. 95.

2 Ibid., p. 99.

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