‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 300 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE III

que Dieu leur donnera d'aufres misères plus répugnantes encore à soigner ! C'est divin.

Mais, pour se bien acquitter de telles charges, il faut que les Filles de la Charité aiment leurs règles , les estiment, les préfèrent à toutes les autres. « C'est à ces règles que vous devez vous tenir sans en prendre d'autres, quoique bonnes et même meilleures en apparence. Ferait- il beau voir un évêque mener la vie d'un chartreux? Non, sans doute, car il ne ferait pas ce que Dieu demande de lui. Il en serait de même pour vous, si vous vouliez suivre les maximes des carmélites , par exemple , dont l'esprit est très austère , tandis que le vôtre est tout de charité et vous oblige à vous consumer pour le prochain.

« Le bienheureux évêque de Genève me disait un jour : « Monsieur, j'ai dit à nos sœurs d'estimer toutes « les autres religions plus que la leur, de croire que « les carmélites sont plus parfaites qu'elles, etc. ; mais (( aussi d'aimer leurs propres règles plus que toutes « les autres. Je veux même qu'elles croient ces règles « meilleures et plus parfaites pour elles ; » et il me donna aussitôt cette comparaison : « Voyez-vous, Mon- « sieur, comme un enfant trouve sa mère plus agréable «. et son lait meilleur que celui de pas une autre; et, « quoiqu'elle soit difforme, contrefaite et fort laide, « néanmoins il l'aime mieux, parce que c'est sa mère, « que si c'était une reine. Tout de même il faut que « nos sœurs aiment leur religion plus que toute autre ^ . ^>

Ces règles si importantes , saint Vincent de Paul les reprend une à une dans les plus petits détails; il les explique en trente-quatre conférences ; du moins il n'en reste que trente -quatre, car il en a fait près de deux cents dans les dernières années de sa vie, où il reprend

* Conférences aux Filles de Charité, t. II, p. 303.

tout ce qu'il a déjà dit bien des fois et y insiste en des accents plus pénétrants que jamais.

Craignant pour ses filles les éloges du monde bien dus à leur charité , à leur dévouement , mais d'autant plus dangereux, il cherche à les rabaisser plus qu'il n'a fait encore. Point de distinction parmi elles, les estimant, disait-il , aussi petites et misérables les unes que les autres. Il n'aurait point voulu de supérieures dans les maisons % ce nom le choquait. « Supérieure, disaitil, de qui et en quoi? Que s'il faut qu'il y en ait une, oh ! ce doit être pour donner exemple de vertu et d'humilité aux autres , pour être la première à tout faire, la première à se jeter aux pieds de sa sœur, la première à demander pardon , et la première à quitter son opinion pour suivre l'autre ^. » Avec l'humilité il recommandait, en termes nouveaux et plus pressants, la sainte vertu de pauvreté. Pauvreté dans les vêtements. Ils étaient humbles et chétifs, il fallait d'autant plus les aimer. Des sœurs, revenant d'Angers, du Mans, de Nantes, se plaignaient qu'on se moquât de leurs pauvres habits, surtout de leur coiffure, et auraient voulu qu'on leur permît d'adopter la coiffure en usage dans ces pays. « C'est cela, disait saint Vincent de Paul , on aura autant de bonnets que de villes et de provinces. Voyez -vous, mes filles, nous voyons venir ici des personnes étrangères, habillées à la façon de leur pays; eh bien! se mettent- elles en peine de changer ces habits et d'en prendre d'autres, parce qu'on les regarde ou parce qu'on est surpris de les voir vêtues de la sorte ? Avant qu'on fût accoutumé à voir les capucins, ne les trouvait-on pas si étranges, qu'on ne savait à quoi les comparer; mais pour cela ont- ils

1 II n'y a clans la communauté qu'une supérieure et des sœurs sem'antes.

2 Conférences aux Filles de Charité, t. II, p. 209.

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