LIVRE V. — CHAPITRE III
Quelles terres de l'Extrême-Orient les ont ig-norées ? A Constantinople , à Smyrne, à Alexandrie, à Jérusalem, à Damas, à Alger, à Gonstantine, elles parcourent les rues , au milieu des démonstrations de respect et de reconnaissance des Turcs, Elles ont pénétré en Perse, en Abyssinie et jusqu'en Chine,
Rien n'a donc échappé à leur action bienfaisante ; car, partout où elles ont pénétré, elles ont fondé des crèches pour les enfants, des hospices pour les vieillards, des asiles pour les orphelins, des écoles pour les adultes , des ouvroirs pour les filles du peuple , des hôpitaux pour les malades, les aveugles, les aliénés, les épilep tiques. Pas une plaie qui n'ait trouvé en elles un pansement. Pas une douleur de l'âme ou du corps à laquelle elles n'aient apporté une consolation. Le monde, désaccoutumé de Jésus -Christ et ne voulant pas le reconnaître à la vérité de sa doctrine , a bien été forcé de le reconnaître au parfum exquis de sa charité.
Et ni les changements de siècles , ni les variétés de climats, de civilisations, n'ont altéré l'unité de leur physionomie , pas plus que l'inlirmité humaine n'a pu mettre une ombre sur leur front. A deux siècles de distance , elles restent ce que saint Vincent de Paul a voulu qu'elles fussent. En pleine Académie française , un évêque disait à un ancien ministre de l'instruction publique : « Quand vous retournerez à Rome, Monsieur, vous rencontrerez quelques-unes de ces infatigables messagères du dévouement et de la consolation. Simples plébéiennes ou patriciennes illustres que n'eussent pas désavouées les plus anciennes familles, la ffens Fabia ou la gens Sempronia, elles vont aux détresses, aux misères, aux délaissements de ce pauvre monde , et elles travaillent sans relâche à mettre dans les âmes et dans les sociétés une paix meilleure que la paix augustale.
« Elles passeront près de vous, sous leur manteau
de bure , au milieu des ruines imposantes qui , de Romulus à Théodose, redisent Thistoire de la vieille Rome, et elles achèveront de vous réconcilier, Monsieur, avec ces premiers disciples de l'Evangile dont elles continuent la tradition. Votre cœur généreux saluera en elles la charité qui, au nom d'une sagesse supérieure à la philosophie des Sénèque et des Marc- Aurèle, se donne jusqu'au sacrifice; et, empruntant à la sibylle virgilienne le cri d'une religieuse émotion, vous direz avec nous : Dieu est là ! Deus , ecce Deus. »