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CHAPITRE IV

Saint Vincent de Paul donne des règles aux prêtres de la Mission.

Pendant que saint Vincent de Paul donnait solennellement des règles aux Filles de la Charité , il négociait à Rome, sans pouvoir l'obtenir, l'approbation des statuts et constitutions des prêtres de la Mission. Un point arrêtait tout : c'était la manière dont il voulait établir sa congrégation , et qui brisait avec tous les précédents. Il ne consentait pas à faire de ses prêtres des religieux. D'abord il avait hésité à leur faire faire des vœux. Il s'était ensuite décidé à ce qu'ils en fissent, mais vœux simples , non solennels , et qui ne les constituaient pas en Ordre religieux. Les missionnaires ne prendraient pas le nom de Père , mais ils garderaient celui de Monsieur, avec leurs noms de famille. Ils jouiraient de leurs biens, mais avec permission du supérieur; ils porteraient l'habit des prêtres séculiers, et rien ne les en distinguerait, qu'une plus grande modestie et une plus parfaite régularité. Si on eût demandé à saint Vincent de Paul pourquoi il tenait tant à ce que ses disciples ne fussent pas religieux, il en aurait donné sans doute de bonnes raisons; mais la principale était ce souffle de l'esprit de Dieu qui pas-

sait alors sur l'Eglise, et qui, s'adaptant divinement aux temps et aux circonstances, après avoir créé au moyen âge de si grands et de si saints Ordres religieux, allait couvrir les temps modernes de simples congrégations , ni moins saintes , ni moins ferventes, ni moins fécondes. Plus haut placé que les autres dans les régions de la sainteté, saint Vincent de Paul sentait avant eux ce souffle divin, qui ne devait être compris par tous qu'un peu plus tard. En ce moment, les anciens du Sacré-Collège ne voyaient dans cet établissement d'une congrégation de prêtres qu'une innovation , et ils refusaient de l'approuver. Vainement un des prêtres les plus éminents de la Mission, M. Berthe, envoyé à Rome par saint Vincent de Paul , s'épuisait en démarches ; il n'aboutissait pas. Son successeur, M. Jolly, n'aurait probablement pas réussi , s'il n'avait trouvé à Rome le cardinal de Retz, toujours dévoué à son ancien précepteur, et qui enleva l'affaire en en parlant directement au pape.

Le souffle divin que les saints sentent passer, par suite de leur union avec Dieu , les papes le sentent aussi, à cause de leur dignité. Alexandre VII, par un bref en date du 22 septembre 1655, approuva le principe fondamental des statuts rédigés par saint Vincent de Paul, à savoir que les prêtres de la Mission prononceraient des vœux simples de pauvreté, de chasteté, d'obéissance, mais avec cette condition expresse que ces vœux ne les constitueraient pas en ordre religieux : Atque dicta congregatio non censeatur propterea in numéro ordinum religiosorum, sed sit de coipore cleri .sœcularis.

A la réception de ce bref, saint Vincent de Paul éprouva une profonde joie. Il allait donc pouvoir mettre la dernière main aux règles et statuts depuis si longtemps attendus, et que son grand âge rendait si nécessaires.

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