‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 305 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE IV

Le bref fut lu en présence de la communauté de Saint-Lazare réunie, et accepté par tous avec une filiale soumission. Dès lors les contestations qui avaient eu lieu sur la validité des vœux cessèrent pour toujours, et les missionnaires ont continué depuis à se servir de la formule suivante, usitée dans leur Compagnie :

« Moi, N***, indigne prêtre (ou clerc) de la congrégation de la Mission , en présence de la bienheureuse Vierge et de toute la cour céleste, je fais à Dieu vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance à notre supérieur et à ses successeurs , suivant les règles ou constitutions de notre Listitut. Je fais vœu, en outre, de travailler tout le temps de ma vie , dans ladite congrégation , au salut des pauvres gens des champs , avec Faide de la grâce de Dieu tout-puissant, que pour cela j'invoque avec instance ^ »

C'est dans ces conditions -là que saint Vincent de Paul mit la dernière main à la rédaction des règles. Il avait quatre-vingt-deux ans , le plus grand esprit , une sainteté éminente, une expérience consommée. Depuis trente-trois ans , il faisait pratiquer ces règles avant de les avoir écrites. Sur tous les points difficiles, il avait successivement consulté des canonistes à Rome, des théologiens à la Sorbonne, des jurisconsultes du parlement, les supérieurs de ses maisons, jusqu'à ses plus humbles prêtres , afin de savoir d'eux ce que le droit permettait, ce que l'expérience démontrait praticable. Avec quelles prières, quelle élévation de son âme à

* « Ego 'N***, indignus sacerdos ( aut clericus ) congregationis Missionis, coram beatissima Virgine et curia cœlesti universa, voveo Deo paupertatem, castitatem, et Superiori nostro ejusque successoribus obedientiam , juxta instituti nostri régulas seu constitutiones. Voveo me prœterea pauperum rusticanorum saluti toto vitse tempore in dicta congregatione vacaturum, ejusdem Dei omnipotentis gratia adjuvante, quem ob hoc suppliciter invoco. » (Archives de la Mission.)

Dieu, se prépara-t-il à la rédaction de ces règles? Il les réunit en douze chapitres, tout imprégnés de l'amour de Dieu; et, après les avoir achevés, il réunit ses disciples pour les leur donner solennellement.

« Ce fut en Tannée 1658, dit Abelly, deux ans avant sa mort, que M. Vincent ayant mis les règles et constitutions de sa congrégation dans le bon ordre qu'il souhaitait, son grand âge et ses infirmités presque continuelles lui faisant prévoir qu'il ne lui restait plus guère de temps à vivre; comme il avait toujours aimé les siens pendant sa vie, il voulut leur donner <les preuves signalées de cet amour avant sa mort, en leur laissant son esprit exprimé dans ses règlements ou constitutions. »

La communauté des prêtres de la Mission étant donc assemblée un vendredi au soir, 17de mai 1658, M. Vincent parla à peu près en ces termes. Il expliqua d'abord pourquoi ces règles avaient été tant retardées, et qu'il ne fallait pas s"en plaindre : « Si nous eussions donné des règles dès le commencement, et avant que la Compagnie se fût mise en la pratique, on aurait pensé que c'eût été un dessein pris et concerté humainement, et non pas un ouvrage de la Providence divine. Mais , Messieurs et mes frères, toutes ces règles et tout le reste que vous voyez dans la congrégation s'est fait je ne sais comment. Car je n'y avais jamais pensé; tout cela s'est introduit peu à peu, sans qu'on puisse dire qui en est la cause. Pour moi, quand je considère la conduite dont il a plu à Dieu de se servir pour faire naître la congrégation en son Eglise, j'avoue que je ne sais où j'en siïis, et qu'il me semble que c'est un songe tout ce que je vois. Non, cela n'est point de nous, cela n'est point humain, mais de Dieu. Appelleriez- vous humain ce que l'entendement de l'homme n'a point prévu, et ce que la volonté n'a point désiré ni recherché en manière quelconque? Nos premiers mission-

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