LIVRE V. — CHAPITRE IV
à les attendre si longtemps , obtiendra pour vous, de la bonté de Dieu, la grâce de les observer encore plus facilement et plus parfaitement à Tavenir. Seigneur I donnez votre bénédiction à ce petit livre , et accompagnez-le de l'onction de votre esprit, afin-, qu'il opère dans les âmes de ceux qui le liront l'éloignement du péché, le détachement du monde, la pratique des vertus et l'union avec vous ! »
« Saint Vincent de Paul procéda alors à la remise du petit livre des constitutions, en commençant par les plus anciens de la Compagnie. Il les invita à le venir chercher. «Je voudrais bien , dit-il, vous épargner cette peine, en le portant à chacun en vos places; mais je ne le puis, pardonnez-moi mes misères. )) Et s'adressant à Antoine Portail, son plus ancien disciple : ce Venez, monsieur Portail, venez, venez, s'il vous plaît, vous qui avez toujours supporté mes infirmités; que Dieu vous bénisse ! » Il le donna ensuite de la main à M. Aimeras et à M. Gicquel, qui siégeaient à ses côtés, et fit successivement l'appel de tous les autres, dans Tordre de leur âge et de leurs places. A chacun il disait un mot particulier, qu'il commençait et finissait invariablement par la formule : « Venez , Monsieur. . . Que Dieu vous bénisse ! » Chacun voulut recevoir son exemplaire à genoux, baisant d'abord le livre et la main de M.Vincent, puis la terre. La distribution finie, M. Aimeras lui demanda sa bénédiction au nom de toute la Compagnie prosternée. Le saint vieillard pria ses deux voisins de le soutenir, et se prosterna lui-même; puis de son cœur inspiré jaillit cette belle prière : « Seigneur! qui êtes la loi éternelle et la loi immuable ; qui gouvernez par votre sagesse infinie tout l'univers ; vous de qui les conduites des créatures , toutes les lois et toutes les règles de bien vivre sont émanées comme de leur vive source; ô Seigneur! bénissez, s'il vous plaît, ceux à qui vous avez donné ces règles ici , et qui les ont reçues comme
procédant de vous! Donnez -leur, Seigneur, la grâce nécessaire pour les observer toujours et inviolablement jusqu'à la mort. C'est en cette confiance et en votre nom que, tout misérable pécheur que je suis, je prononcerai les paroles de la bénédiction que je vais donner à la Compagnie : Benedictio Domini nostri Jesu Chrisii decendat super vos et maneaf semper. In nomme Patris , et Filii , et Spiritus sancti. — Amen! » répondit d'une voix la Compagnie; et tous se retirèrent les yeux pleins de douces larmes, le cœur rempli d'une sainte émotion et de bons désirs ^ »
« Voilà, dit Abelly, une partie du discours que M. Vincent fit à cette occasion, lequel il prononça d'un ton de voix médiocre, humble, doux et dévot, et de telle sorte , qu'il faisait sentir aux cœurs de tous ceux qui l'écoutaient l'affection particulière du sien ; il leur semblait qu'ils étaient avec les apôtres, écoutant parler Notre-Seigneur, particulièrement en ce dernier sermon qu'il leur fit avant sa passion , où il leur donna aussi ses règles, en leur imposant le grand commandement de la parfaite dilection ^. »
Les règles rédigées, saint Vincent de Paul commença à les expliquer. Tous les mercredis il allait expliquer celles des Filles de la Charité; tous les vendredis, celles des prêtres de la Mission. C'était sa dernière œuvre, où il versait le reste de son cœur, où il mettait les derniers élans de sa foi , de son humilité , de sa charité , les dernières lumières de son expérience. Le 6 et le 13 décembre 1658, il expliqua le premier chapitre, qui traite de la fin de la Mission ; pendant le cours de l'année 1659, il expliqua les chapitres suivants, qui traitent des moyens d'atteindre cette fin et des vertus
1 Maynard, t: I, p. 412-113.
s Abelly, t. I , p. 235.