LIVRE V. — CHAPITRE IV
avons laiit de mille livres de revenu, il nous faut demeurer en repos. Pourquoi aller courir par les villages? Pourquoi tant travailler? Laissons là les pauvres gens des champs ; que leurs curés en aient soin , si bon leur semble ; pour nous, vivons doucement, sans nous mettre tant en peine. Voilà comment Toisiveté suivra Tesprit d'avarice ; on ne s'occupera plus qu'à conserver et augmenter ses biens temporels, et à chercher ses propres satisfactions; et alors on pourra dire adieu à tous les exercices de la Mission et à la Mission même, car il n'y en aura plus. Il ne faut que lire les histoires, et on en trouvera une infinité d'exemples qui feront voir que les richesses et l'abondance des biens temporels ont causé la perte , non seulement de plusieurs personnes ecclésiastiques, mais aussi des communautés et des ordres entiers, pour n'avoir pas été fidèles à leur pre mier esprit de pauvreté. »
Et faisant un retour sur lui-même, comme il lui arrivait souvent : ce mon Sauveur! comment puis -je parler de cela , moi qui suis si misérable ! moi qui ai eu autrefois un cheval, un carrosse, et qui ai encore aujourd'hui une chambre à feu, un lit bien encourtiné, un frère ! moi, dis-je,de qui on a tant de soin, que rien ne me manque ! Oh ! quel scandale je donne à la Compagnie, par l'abus que je fais du vœu de pauvreté en toutes ces choses et autres pareilles ! J'en demande pardon à Dieu et à la Compagnie, et la prie de me supporter en ma vieillesse. J'ai peine à me supporter moi-même, et il me semble que je mériterais d'être pendu à Montfaucon. Que Dieu me fasse la grâce de me corriger, quoique parvenu à cet âge. »
La conférence sur la chasteté débute par la lecture du texte de la règle concernant cette vertu : « Il importe beaucoup que la Compagnie ait un singulier et très ardent désir de la chasteté; qu'elle fasse en tout temps et en tout lieu profession particulière de la pra-