LIVRE 1. — CHAPITRE III
Jacques, appelée maison du Petit - Bourbon *. Cinq prêtres seulement s'étaient joints à M. de BéruUe. La matinée se passa au pied de l'autel. A la messe, dite par M. de Bérulle, M™® la marquise de Meignelais, qui avait donné cinquante mille livres pour aider à l'établissement ; M. et M"'*' de Marillac, M"'^ d'Autry et M™^ Acarie vinrent communier. Le soir, la reine mère, Marie de Médicis, et le roi Louis XIII assistèrent à l'office. Le cardinal de Joyeuse y vint aussi, et plusieurs évêques , et une foule telle , qu'il fut impossible de fermer les portes et qu'elles restèrent ouvertes jusqu'à la nuit ^. Vincent de Paul était certainement dans cette foule, mais on ne le voit pas.
Les six prêtres qui faisaient partie de la congrégation naissante étaient, outre M. de Bérulle, deux docteurs de Sorbonne, MM. Jean Bance et Jacques Gastaud ; un bachelier en théologie^ M. Paul Métézeau, et deux curés, M. Pierre Garron, qui venait de quitter sa cure de Beaumont, et M. François Bourgoing, qui cherchait à remettre sa cure de Glichy. Ge dernier, dont Bossuet a fait Foraison funèbre , et qu'il appelle « un chrétien de l'ancienne marque, un vrai prêtre de Jésus-Ghrist », ne voulait confier sa cure qu'à un prêtre pieux , zélé , capable de continuer le bien qu'il avait commencé , et il le cherchait depuis plusieurs mois, lorsque M. de Bérulle eut tout à coup l'inspiration hardie de lui proposer saint Vincent de Paul.
Il semble que saint Vincent de Paul avait droit à mieux qu'à cette petite cure de Glichy, perdue dans les faubourgs de Paris. Il était depuis plus de deux ans
^ L'abbé Houssaye, le Père de Bérulle; 3 vol. in-8°; Pion, Paris, 1872-1875; t. II, p. 26. Cette maison a été détruite plus tard, et on a construit sur son emplacement le monastère du Val- de -Grâce, aujourd'hui hôpital militaire.
2 Mar Perraud, l'Oratoire en France; Paris, Douniol, 1865; p. 46.
déjà aumônier ordinaire de la reine Marguerite ; et depuis, par la faveur de cette princesse, il avait été pourvu de l'abbaye de Saint-Léonard-de-la-Ghaume , de l'ordre de Citeaux, au diocèse de Saintes^. Ces faveurs en présageaient d'autres, et il n'y avait qu'à attendre et à laisser le temps faire son œuvre. Mais M. de Bérulle, qui connaissait notre saint, avait bien d'autres pensées. Qu'étaient-ceque ces vains titres pour une âme comme la sienne, qui ne songeait qu'aux pauvres? purs hochets de vanité qui ne donnaient pas même la possibilité de faire plus de bien. D'autre part, M. de Bérulle croyait que c'était surtout dans cette région de la campagne que notre saint était appelé à faire de grands biens. La cure de Glichy lui paraissait une excellente occasion et pouvait servir de premier essai. Il la proposa à saint Vincent de Paul , qui se soumit humblement à la décision de son saint directeur, mais sans lui cacher ses répugnances. Non pas qu'il trouvât la paroisse trop petite, il trouvait la charge trop lourde. Il voulait bien aimer, servir, soigner les pauvres ; il hésitait à se charger de leurs âmes. Quant au Père Bourgoing, il était ravi. Cet homme vénérable, qui fut, après M. de Bérulle et le Père de Condren, le troisième supérieur général de l'Oratoire, « prêtre, dit Bossuet, par son zèle, par la gravité de ses mœurs, par l'innocence de sa vie^,» eut la consolation, en entrant à l'Oratoire, délaisser sa chère paroisse aux mains les plus saintes qu'il eût pu désirer^.
1 Le titulaire , M9'' Hurault de THospital , archevêque d'Aix , avait, le 10 juin 1610, résigné ce bénéfice, à condition que le nouveau titulaire (saint Vincent de Paul) lui payerait une pension annuelle de douze cents livres.
2 Bossuet, Oraison funèbre du Père Bourgoing ; Paris, Louis Vives, 1864; t. XII, p. 654.
3 La démission du P. Bourgoing- est du 13 octobre 1611 ; elle fut acceptée par Rome le 12 novembre; et, sans qu'on sache pourquoi, la prise de possession par saint Vincent n'eut lieu que le 2 mai 1612.