‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 32 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE III

L'installation de Vincent de Paul à Clichy eut lieu le 2 mai 1612. Nous en avons le procès -verbal : « Le 2 mai 1612, après midi, il comparut à la porte de Téglise de Clichy, et, montrant l'acte de résignation approuvé à Rome, il en demanda la libre entrée à Thomas Gallot, procureur de Bourgoing-. Introduit dans l'église , il prit de l'eau bénite, fit l'aspersion, s'agenouilla devant le crucifix et au pied du grand autel, baisa l'autel, le missel posé dessus et le tabernacle où était renfermé le corps de Jésus -Christ, puis les fonts baptismaux, s'assit au chœur sur le siège affecté au curé , sonna les cloches , en un mot, observa toutes les cérémonies usitées en pareille circonstance. Conduit ensuite au presbytère, il y entra et en sortit librement. Alors , suivant l'édit du roi, le procureur, à haute et intelligible voix, publia et notifia cette prise de possession, et, personne ne réclamant, il en remit acte à Vincent de Paul sur sa demande. »

A peine installé , Vincent de Paul commença la visite de sa paroisse. Elle n'était guère composée que de paysans cultivant la terre , mais encore pleins de foi et d'une grande simplicité et pureté de mœurs. Un Père jésuite, prêchant devant saint Vincent de Paul, s'écriait dans un élan oratoire que « tous ses paroissiens vivaient comme des anges ». Çà et là, dans la plaine, on apercevait quelques maisons de campagne appartenant à des familles riches de Paris ; mais ce n'étaient que des exceptions. Les pauvres abondaient et manquaient de tout. Saint Vincent de Paul ne se sentait pas d'aise au milieu d'eux. Il les servait de ses propres mains. Il leur apportait de l'argent, des vêtements. Il leur donnait son cœur. Ce fut le moment le plus heureux de sa vie. Vingt ans après il en parlait avec attendrissement : « Ah ! me disais -je, que tu es heureux d'avoir un si bon , peuple ! Le pape est moins heureux que moi. Un jour le premier cardinal de Retz me demanda : « Eh bien,

« Monsieur, comment vous trouvez- vous? — Monsei- « gneur, répondis-je, j'ai un contentement si grand, que « je ne puis le dire. — Et pourquoi? — C'est que j'ai « un si bon peuple, et si obéissant à tout ce que je lui « recommande, que je me dis à moi-même que ni le « pape , ni vous , Monseigneur, n'êtes point si heureux a que moi. »

Son église tombait en ruine , il résolut de la rebâtir. Son peuple était pauvre, et lui-même n'avait rien. Mais il était aux portes de Paris, et il y avait déjà assez de protecteurs et d'amis pour ne pas désespérer du succès d'une pareille œuvre. En fait, il la rebâtit en moins d'une année. C'est celle qu'on voit encore aujourd'hui dans cet immense et populeux quartier de Clichy. On y a peu touché ; on y conserve encore la chaire du haut de laquelle il instruisait son peuple. En face, sur le mur, se voit le crucifix dont il se servait dans ses prédications , selon l'usage de ce temps ; et dans le jardin fleurit encore un arbre de Judée que la tradition dit avoir été planté de sa main ^

L'église restaurée, il commença ses œuvres. Sa première fut l'établissement de la communion le premier dimanche du mois. Imaginez une paroisse dont presque tous les membres seraient fidèles à un tel exercice ! « Oh! disait saint Vincent de Paul, quel bon peuple que celui de Clichy ! Lui ayant recommandé la confession et la communion du premier dimanche du mois, personne n'y manquait, à ma grande joie ^. » Il y joignit Finstitution du Rosaire, exercice si bon en luimême , mais si nécessaire dans une paroisse où presque personne ne savait ni lire ni écrire. En même temps il jetait les premières assises d'une œuvre tout autrement importante. Il s'agissait de réunir autour de lui un cer-

^ Maynard, t. I, p. 79.

3 Conférences aux filles de la Charité.

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