LIVRE V. — CHAPITRE IV
succomber. Oh! qu'il a beau jeu, pour la tourmenter et la tenter par des représentations contraires à la chasteté! Faites donc en sorte d'être toujours occupés...
« Or sus, Messieurs, que ferons -nous donc pour garder cette règle , car les moyens qu'on vient de proposer serviront de bien peu , s'ils ne sont animés de l'esprit de Dieu ? Il faut donc le demander, et très instamment, dans nos prières, à Notre -Seigneur, et avoir un dessein particulier et un désir bien sincère de se donner de bon escient à sa divine Majesté, afin de conserver la chasteté, de se perfectionner dans cette vertu et de s'éloigner des vices contraires. Si l'on travaille ici de la sorte à l'acquisition , à la conservation , au progrès de cette vertu , cela se répandra partout ; ainsi la Compagnie se rendra de plus en plus agréable à Dieu. Plaise à sa divine Majesté que cela soit ainsi ! » En quels termes il recommandait l'obéissance ! « Il faut bien dire qu'il y a quelque chose de grand et de divin en cette vertu, puisque Notre -Seigneur Ta tant aimée, depuis sa naissance jusqu'à sa mort! puisqu'il a fait toutes les actions de sa vie par obéissance ! Il a obéi à Dieu son Père, qui voulait qu'il se fît homme ; il a obéi à sa mère et à saint Joseph, son père putatif, à tous ceux qui étaient élevés en dignité, soit bons ou mauvais, en sorte que sa vie n'a été qu'un tissu d'obéissance ; il a commencé sa vie par là, il s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, et même jusqu'à la mort de la croix ; et c'est à cause de cette obéissance , propier quod, que son Père l'a exalté et élevé. Sauveur, qu'est-ce donc que cette vertu d'obéissance ? Qu'elle est excellente, puisque vous l'avez trouvée digne d'un Dieu ! Oh ! le bel exemple que Notre-Seigneur nous en ■a donné, en la pratiquant jusqu'à la mort de la croix ! « Mais à qui devons-nous l'obéissance ? la règle commence par notre Saint- Père le pape ; c'est le père commun de tous les chrétiens, le chef visible de l'Église, le
vicaire de Jésus- Christ, le successeur de saint Pierre ; nous lui devons obéissance, nous, dis -je, qui sommes au monde pour instruire les peuples de l'obéissance qu'ils doivent avoir, aussi bien que nous, pour ce pasteur universel de nos âmes ; c'est à nous à leur montrer l'exemple et à leur porter ce flambeau qui les éclairera et leur montrera ce qu'ils auront à faire, et comment ils lui doivent obéissance. Pour cela demandons à Dieu la grâce de bien obéir, et donnons -nous à lui pour bien obéir et bien recevoir de sa main tout ce qui nous arrivera. Le pape est celui à qui Notre - Seigneur adresse ce discours: Pierre, paissez mes agneaux, paissez mes brebis ; c'est celui à qui il a donné les clefs de son Eglise ; il est comme une autre espèce d'homme, tant il est au-dessus des autres. Nous devons donc le regarder en Notre -Seigneur et Notre - Seigneur en lui.
(( 2° Nous la devons à nosseigneurs les évêques. Nous autres prêtres , nous leur avons promis obéissance quand nous avons été faits prêtres et quand ils nous ont ordonnés; non seulement pour eux et leurs successeurs, mais aussi pour ceux dans les diocèses desquels nous avons à vivre et à travailler ; en sorte que nous devons nous considérer comme ces serviteurs de l'Évangile à qui le père de famille dit : « Venez, et u ils viennent; allez, et ils vont. » J'ai toujours eu dévotion d'obéir à leurs ordres ; et, en effet, nous leur sommes soumis et dépendons d'eux à l'effet des missions, savoir: pour y prêcher, catéchiser, confesser et administrer les sacrements , bien que de leur grâce ils aient laissé à la Compagnie les règlements et les ordres pour la discipline régulière du dedans. Le pape, notre Saint-Père, l'a exprimé dans son bref, sans que nous nous en soyons mêlés, disant que ceux des nôtres qui seront envovés aux missions ou à la conduite des séminaires, seront soumis aux ordinaires, c'est-à-dire aux