LIVRE V. — CHAPITRE lY
évêques. Nous leur devons obéissance comme à Dieu ; je prie ceux qui seront envoyés dans les diocèses d'en user de la sorte et de leur obéir exactement.
« 3° Voilà pour Fobéissance des évêques ; pour les curés, cela n'est-il pas raisonnable? Quoi ! faudrait-il qu'un étranger fît quelque chose dans leur paroisse sans leur consenteriient? Cela ferait un grand désordre. La Compagnie, dès le commencement et jusqu'à présent, a reçu de Dieu la grâce de leur déférer beaucoup, et de ne rien faire chez eux sans leur avoir parlé et reçu leur agrément. »
Reste l'obéissance au Supérieur. « misérable ! s'écria-t-il dans son humilité, obéir à un désobéissant à Dieu , à la sainte Eglise , à mon père , à ma mère dès mon enfance ! Car quasi toute ma vie n'a été que désobéissance. Hélas ! Messieurs, à qui rendez-vous obéissance ? A celui qui, comme les scribes et les pharisiens, est rempli de vices et de péchés ! Mais c'est ce qui rendra votre obéissance plus méritoire. J'y pensais encore tantôt, et je me ressouvenais qu'étant petit garçon, comme mon père me menait avec lui dans la ville , j'avais honte d'aller avec lui et de le reconnaître pour mon père , parce qu'il était mal habillé et un peu boiteux. Oh! misérable, combien j'ai été désobéissant! J'en demande pardon à Dieu , et de tous les scandales que je a^ous ai donnés. Je vais en demander aussi pardon à toute la Compagnie, et je vous conjure de prier Dieu pour moi, afin qu'il me pardonne ces fautes et qu'il m'en donne toujours le regret au cœur. »
Mais les vertus sur lesquelles il ne tarissait pas , c'était l'humilité et la charité. Il les appelait les deux pihers de l'Institut. « L'humilité, disait-il, c'est la vertu des missionnaires. Mais que dis-je? Je me reprends, je souhaiterais que nous l'eussions ; et quand j'ai dit que c'était la vertu des missionnaires, j'entends que c'est la vertu dont ils ont le plus besoin, et dont ils doivent
avoir un très ardent désir. Car cette chétive Compagnie , qui est la dernière de toutes , ne doit être fondée que sur Fhumilité, comme sur sa vertu propre; autrement nous ne ferons jamais rien qui vaille, ni au dedans ni au dehors ; et sans l'humilité nous ne devons attendre aucun avancement pour nous, ni aucun profit envers le prochain. Oui, je le dis derechef, que si nous sommes véritables missionnaires, chacun de nous en son particulier doit être bien aise qu'on nous tienne pour des esprits pauvres et chétifs, pour des gens sans vertu, qu'on nous traite comme des ignorants, qu'on nous injurie et méprise, qu'on nous reproche nos défauts, et qu'on nous publie comme insupportables pour nos misères et imperfections. Je passe encore plus avant, et je dis que nous devons être bien aises qu'on dise de notre Congrégation en général qu'elle est inutile à l'Eglise, qu'elle est composée de pauvres gens, qu'elle réussit mal en tout ce qu'elle entreprend , que ses emplois de la campagne sont sans fruit, les séminaires sans grâce, les ordinations sans ordre. Oui, si nous avons le véritable esprit de Jésus- Christ, nous devons agréer d'être réputés tels que je viens de dire. »
Il ajoutait: « Hélas! vouloir être estimé, qu'est-ce que cela, sinon vouloir être traité autrement que le F'ils de Dieu ? C'est un orgueil insupportable. Le Fils de Dieu étant sur la terre, qu'est-ce qu'on disait de lui? Et pour qui a-t-il bien voulu passer dans l'esprit du peuple? Pour un fou, pour un séditieux, pour une bête, pour un pécheur, quoiqu'il ne le fût point; jusque-là même qu'il a bien voulu souffrir d'être postposé à un Barabbas, à un brigand, à un meurtrier, à un très méchant homme ! Sauveur ! ô mon Sauveur ! que votre sainte humilité confondra de pécheurs comme moi, misérable, au jour de votre jugement ! »
Il revenait sans cesse à l'humilité ; « car, disait-il, on