LIVRE V. — CHAPITRE IV
brasser toutes les occasions de le servir, même au péril de notre vie. «
Et cette charité, jusqu'où faut-il la pousser? Jusqu'au sacrifice de tout. « Nous devons aimer Dieu aux dépens de nos bras et à la sueur de notre visage. Nous devons servir le prochain aux risques de nos biens et de notre vie. Que nous serions heureux de devenir pauvres pour avoir exercé la charité envers les autres î Oui, si Dieu permettait que nous fussions réduits à la nécessité d'aller mendier notre pain ou de coucher au coin d'une haie , tout déchirés et tout transis de froid , et qu'en cet état l'on vînt demander à l'un de nous : « Pauvre prêtre de la Mission, qui t'a réduit à cette (( extrémité ? » Quel bonheur, Messieurs, de pouvoir répondre : « C'est la charité ! » Oh ! que ce pauvre prêtre serait estimé devant Dieu et devant les ang-es ! »
Ainsi achevaient de s'échapper de l'âme de saint Vincent de Paul les trésors que quatre-vingt-cinq ans de sainteté y avaient amoncelés. Quelques mois à peine le séparaient de la mort, et sa belle âme semblait en rece- A'oir une sorte d'illumination nouvelle. Ses disciples se pressaient autour de lui. Ils recueillaient à genoux ses moindres paroles. Ils tremblaient de perdre un seul de ses gestes. Gomme les disciples d'Emmaûs, ils sentaient leurs cœurs s'échauffer aux derniers accents d'un si grand maître.