‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 316 sur 394 · LIVRE VI. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE I

vingt-cinq ans ; mais ce n'est pas ce qui préoccupait le plus ses disciples. Sa santé déclinait visiblement ; ses infirmités augmentaient de la manière la plus grave. Au fond la constitution de saint Vincent de Paul était excellente; et il fallait bien qu'elle le fût, pour avoir résisté pendant près d'un siècle à tant de travaux et d'austérités. Mais elle avait deux points faibles : d'abord un certain trouble dans la circulation du sang qui se révélait de loin en loin par des accès de fièvre violente, et habituellement par un petit mouvement fébrile, presque continuel et très pénible , dont il affectait de rire pour qu'on n'y prit pas garde, et qu'il appelait sa fiévrotte ; ensuite une étrange délicatesse dans les jambes, qui enflaient à la moindre fatigue et s'ulcéraient facilement. D'où venait ce second mal, plus grave que le premier, qui durait depuis quarante -cinq ans? Etait-ce de sa captivité à Tunis, comme on le murmurait tout bas autour du saint? Etait-ce d'une maladie de cœur? Quoi qu'il en soit, ce mal prit tout à coup, en 1660, des proportions terribles. Il écrivait le 11 janvier: « Pour moi, je ne peux plus descendre en bas, à cause que mes jambes sont plus mauvaises qu'elles ne l'ont encore été ^ » Et dix-neuf jours après, le 30 janvier : « Les jambes me manquent, et je ne puis plus descendre ni dire la sainte messe "^. » Bientôt il fallut prendre des béquilles. Avec elles il se traînait à la chapelle , où , ne pouvant dire la sainte messe , il communiait tous les jours. Mais les béquilles ellesmêmes ne tardèrent pas à être impossibles. Ce mouvement rouvrait toutes les plaies et irritait ses douleurs. On craignait d'ailleurs une chute qui en cet état pouvait être mortelle ; on le conjura donc de ne plus quitter ?on fauteuil.

1 Lettres, t. IV, p. 529, n" 2000.

2 Ihid., p. 591 , n» 2003.

Jusque-là cependant rien n'était encore bien inquiétant. C'était une infirmité plutôt qu'une maladie. Il écrivait le 3 mars : « Je me porte assez bien , à mes jambes près, qui ne me permettent [pas de dire la sainte messe et qui m'obligent de me tenir tout le jour assis *, » Et le 3 avril : « Je ne puis plus les aller voir, à cause de mes mauvaises jambes qui me font garder la chambre, quoiqu'à cela près je me porte bien ^. »

Dans ce genre de maladie, à cause de l'écoulement des jambes, l'esprit garde d'ordinaire la plus grande lucidité. C'est ce qu'on remarquait en saint Vincent de Paul. Assis à sa petite table, il donnait des audiences, il dictait des lettres, ne pouvant plus écrire lui-même. Son secrétaire était le frère Ducourneau. On en a publié deux cent quatre -vingt -une qui datent de ces derniers mois. Elles sont fort longues quelquefois ; les unes adressées aux supérieurs de ses maisons de Rome, de Turin, de Gênes, de Varsovie, de Marseille; les autres à des Filles de la Charité, à des religieuses de la Visitation qui lui demandaient des conseils de direction ; enfin plusieurs sont écrites à des évêques, à des archevêques, à des cardinaux, avec lesquels il traite les plus difficiles questions d'administration. C'est partout la même sagesse, la même prudence, la même fermeté, la même mesure et délicatesse ; je ne parle pas de l'humilité et de la sainteté, qui éclataient à toutes les pages.

Vers le milieu de février, deux nouvelles douloureuses arrivèrent ensemble à saint Vincent de Paul et lui rendirent plus pénible l'impossibilité de sortir. M^^^ Le Gras et M. Portail tombèrent malades presque en même temps, et de la manière la plus grave. On les administra le même jour, 14 février, sans que saint

1 Lettres, t. IV, p. 547, n» 20J4.

2 Ihid., p. 557, n° 2028.

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