‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 317 sur 394 · LIVRE VI. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE I

Vincent de Paul pût être ni à l'une ni à l'autre de ces deux cérémonies.

M. Portail était le premier et le plus cher de ses disciples. Leur amitié remontait au collèg-e des Bons- Enfants et aux premières missions de Montmirail et de Folleville. Ils ne s'étaient jamais quittés. Notre saint avait en lui une confiance absolue, et depuis sa maladie il lui avait confié la direction de toutes les Filles de la Charité. C'était une âme candide, d'une admirable pureté, d'une exquise délicatesse de conscience, et qui, comme toutes les âmes de cette trempe, redoutait la mort et tremblait à la pensée du jug'ement. Saint Vincent de Paul, qui le savait, se fit traîner jusqu'à lui au fond du jardin^, afin de l'exciter à la confiance. Mais comme toutes les âmes timorées, la mort venue, il ne la redouta plus.

« Il avait toujours appréhendé la mort, écrivait saint Vincent de Paul le 27 février ; mais , la voyant approcher, il l'a envisagée avec paix et résignation, et il m'a dit, plusieurs fois que je l'ai visité, qu'il ne lui restait aucune impression de sa crainte passée ; il a fini comme il a vécu , dans le bon usage de ses soufi'rances , la pratique des vertus, le désir d'honorer Dieu et de consumer ses joui\s comme Notre -Seigneur, en l'accomplissement de sa volonté. Il a été l'un des deux premiers qui ont travaillé aux missions , et il a toujours contribué aux autres emplois de la compagnie , à laquelle il a rendu de notables services ; en sorte qu'elle aurait beaucoup perdu en sa personne , si Dieu ne disposait de toutes choses pour le mieux , et ne nous faisait trouver notre bien où nous pensons recevoir du dommage. Il y a

^ « Est grand seigneur qui le voit. Il a un certain ermitage au bout du clos, dont il ne bouge, et ne vient que très peu pour les conférences. » (Mlle Le Gras, lettre à la sœur Mathurine Guérin , 9 janvier .1660. )

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sujet d'espérer que ce sien serviteur nous sera plus utile au ciel qu'il n'eût été sur la terre. »

11 ajoute : « Lors de son trépas, M^^*" Le Gras était aussi à Textrémité , et nous pensions qu'elle s'en irait devant lui ; mais elle vit encore et se porte mieux , grâce à Dieu, qui n'a pas voulu nous accabler d'une double affliction ^ ^^

Ce mieux ne se soutint pas , et un mois après , le 15 mars, elle mourait à son tour. Dieu voulut que tous les sacrifices et tous les renoncements sanctifiassent sa dernière heure. M. Portail, son confesseur, était administré en même temps qu'elle et mourait le premier. Saint Vincent de Paul était de plus en plus cloué dans son fauteuil. A défaut de sa visite, qu'elle n'espérait pas recevoir, elle lui fit demander quelques mots d'écrit qui lui servissent d'encouragement et de force. Mais lui , qui avait déjà l'esprit dans le ciel et qui savait de quel détachement était capable sa sainte coopératrice . refusa de lui procurer cette consolation. Il lui envoya seulement un de ses prêtres, chargé de lui dire : « Vous partez devant, Mademoiselle; j'espère qu'en peu je A^ous re verrai au ciel. » Il devait la revoir avant six mois.

Les derniers moments de M"® Le Gras furent marqués par les plus beaux traits de vertu. Elle souffrait beaucoup, mais sans se plaindre ni vouloir qu'on la plaignît. « Il faut bien, disait-elle, que la douleur habite là où le péché a habité. Dieu fait justice, et en faisant justice il fait miséricorde. » On lui apporta le saint ^"iatique et l'extrême -onction. D'un côté de son lit étaient son fils, sa belle-fille, sa petite-fille; de l'autre, sa famille surnaturelle, ses Filles de la Charité. Elle les bénit tous avec des paroles enflammées. La maladie se prolongeant, elle désira recevoir une se-

1 Lettres, t. IV, p. 541, n" 2010.

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