‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 319 sur 394 · LIVRE VI, — CHAPITRE I i · texte numérisé non relu

LIVRE VI, — CHAPITRE I i

prit ; mais il ne peut plus bouger. Préparons -nous à la volonté de Dieu ; car c'est grand hasard s'il peut résister à cet hiver*. » La bonne sœur se faisait illusion, car il n'avait plus que deux mois à vivre. Dans ces conditions, on résolut à ne pas différer davantage la conférence sur les vertus de M'^'' Le Gras, et toutes les Filles de la Charité de Paris et des environs furent convoquées pour le 24 juillet dans les parloirs de Saint- Lazare. Tout contribuait à la solennité touchante de cet entretien. C'était la dernière fois, pas une ne se faisait illusion, que les Filles de la Charité allaient contempler leur saint fondateur ; et il devait faire l'éloge de celle qu'elles pleuraient comme leur modèle et comme leur mère. Toujours simple, saint Vincent de Paul ne changea rien à la forme ordinaire des conférences ; et, après avoir dit le Veni sancte Spiritus, il commença ainsi : « Mes chères sœurs, je rends grâces à Dieu de m'a voir encore conservé jusqu'à ce moment où je puis vous voir réunies toutes ensemble. Vous pouvez bien penser que j'aurais extrêmement souhaité de le pouvoir faire pendant le fort de la maladie de la bonne M"^ Le Gras. Mais j'ai eu aussi une maladie qui m'a beaucoup affaibli. C'a été le bon plaisir de Dieu, et je crois qu'il ne l'a permis que pour la plus grande perfection de la personne dont nous allons parler. Comme le Seigneur a aussi disposé du bon M. Portail, qui a toujours été si zélé pour la sanctification de votre compagnie, si quelqu'une en dit un mot en passant, cela ne sera point déplacé. Mais c'est principalement de M^^^ Le Gras qu'il s'agit, de ses vertus, et de celles surtout que vous vous proposez le plus d'imiter^. »

Il se mit ensuite , selon l'usage , à interroger les sœurs sur les vertus qu'elles avaient observées en

1 Vie de Mil" Le Gras, p. 3i3.

2 Ibid., p. 244.

M"^ Le Gras, Mais la première qu'il appela ne put d'abord répondre; la douleur et les larmes étouffèrent sa voix. 11 passa à d'autres. Chacune énuméra les vertus qui l'avaient le plus frappée. L'une parla de son amour pour les pauvres : « Elle avait une grande affection pour les pauvres , et prenait un grand plaisir à les servir. Je l'ai vue recueillir des pauvres qui sortaient de prison ; elle leur lavait les pieds, les pansait et les revêtait des habits de monsieur son fils^. » Une autre, son humilité : « Je l'ai vue se coucher par terre , où elle aurait voulu qu'on la foulât aux pieds. Elle lavait aussi la vaisselle , et elle eût souhaité de faire les plus bas ouvrages de la maison , si ses forces le lui avaient permis. Elle servait quelquefois au réfectoire ; elle y demandait pardon de ses fautes , et faisait des actes de pénitence , comme de se tenir les bras étendus ou couchée par terre. » Une troisième, sa prudence : « Je ne sache pas avoir jamais vu une personne qui ait eu plus de prudence qu'elle ; elle la possédait dans le plus haut point, et je souhaite de tout mon cœur que la compagnie ait cette vertu qui lui est si nécessaire ^, » Une quatrième, son esprit d'humilité et de pauvreté: « J'ai remarqué qu'elle désirait fort que la compagnie se conservât dans l'esprit d'humilité et de pauvreté. Elle disait souvent : « Nous sommes les servantes des « pauvres, par conséquent nous devons être plus « pauvres qu'eux^. »

Saint Vincent prit alors la parole : « Vous avez bien raison, dit-il, de dire que votre bonne Mère estimait beaucoup la pauvreté. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à voir comme elle était vêtue ; mais , quoiqu'elle fût habillée très pauvrement, elle se trouvait encore trop

1 Vie de M"e Le Gras, p. 346.

2 Ibid., p. 347.

3 Ibid., p. 349.

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