‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 320 sur 394 · LIVRE VI. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE I

bien, et elle m'a demandé autrefois de ne vivre qu'en pauvre. Et pour ce qui est de la compagnie, c'est avec bien de la sagesse que votre pieuse Mère vous a fait depuis vingt-cinq ans garder une exacte pauvreté en toutes choses : en vos habits, en votre nourriture, en tous vos besoins. Quel malheur si quelqu'une de vous allait se relâcher sur ce point, et si, au lieu de se contenter de la frugalité du réfectoire , elle cherchait la table des dames ! , . . Ah ! si par malheur il arrivait que quelqu'une de vous s'avisât de dire : « Nous ne sommes « pas bien nourries ; le moyen de subsister de la « sorte! etc.; » mes sœurs, il faudrait crier au loup ; il faudrait renvoyer cet esprit comme l'esprit du démon , qu'il faut saper dès le commencement. Mes sœurs , conservez la pauvreté, et la pauvreté vous conservera * . »

Il redonna la parole aux sœurs , et on parla successivement de sa charité : « Elle avait pour nous tant de support et une si grande charité , qu'elle en était toute consumée. » De sa pureté: « Pure dans sa jeunesse, dans son mariage, dans son état de veuve ; et que dans ses confessions elle pleurait avec tant de larmes ses fautes les plus légères, qu'on avait bien de la peine à l'apaiser -. •»

Pendant ce temps, la Fille de la Charité qui avait été interrogée la première, et qui n'avait pas pu parler, étouffée par sa douleur, s'était remise : « Mon Père, dit-elle, si vous trouvez bon que je parle, je tâcherai de le faire. — Oh ! volontiers, » dit le saint, qui s'attendrit à son tour et ne put retenir ses larmes. C'était elle que M"'= Le Gras avait chargée de l'avertir de ses fautes. « Mon embarras était de le faire, parce que je n'en trouvais aucune, quoique j'y fisse attention, parce que

1 Vie de M''« Le Gras, p. 350.

2 Ihid., p. 352-354.

cela m'avait été commandé*. » Elle reprit alors toutes les vertus dont on avait déjà parlé, y ajoutant de nouveaux détails. Quand elle eut fini, saint Vincent de Paul résuma la conférence et la termina par ces paroles : « Je prie Notre -Seigneur, quoique indigne et misérable pécheur, qu'il vous donne sa sainte bénédiction par les mérites de celle qu'il donna à ses apôtres en se séparant d'eux ; je le prie qu'il vous détache de toutes les choses de la terre, et vous attache à celles du ciel.

Benedictio Dei omnipotentis , Patris, et Filii, et Spiritus sâncti, descendat super vos et maneat semper. Amen ^. »

Bien que cette conférence l'eût un peu fatigué, saint Vincent de Paul éprouva une vraie consolation d'avoir pu avant de mourir payer, en présence de toutes ses filles, le tribut de sa vénération et de sa reconnaissance à celle qui l'avait si puissamment aidé dans ses œuvres. Il aurait pu profiter de cette occasion pour faire ses adieux à toutes ses filles, qu'il pensait bien ne plus réunir. Mais, toujours simple, ennemi de toute pose, ayant horreur de tout ce qui pouvait attirer l'attention sur lui, quoiqu'il ne doutât plus de sa mort prochaine, il n'y fit aucune allusion. Il n'en parlait pas davantage aux autres, détournait même l'entretien , et à le voir tranquille à son bureau expédier les affaires , écrire ses lettres, gouverner sa communauté, sans rien changer à ses exercices ordinaires, on eût pu penser qu'il ne croyait pas la mort si prochaine. Il arriva même à ce sujet une assez singulière aventure. C'est l'usage de la communauté que les prêtres de la Mission n'écrivent aucune lettre sans la montrer au supérieur. L'un d'eux en apporta une à saint Vincent de Paul ,

1 Vie de iW^" Le Gras, p. 355.

2 Ibid., p. 358.

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