‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 322 sur 394 · LIVRE VI. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE I

voir de le prier, je l'emploierai en ce monde et en l'autre pour votre chère personne et pour celles qui vous appartiennent, désirant être, au temps et en l'éternité, votre, etc. ^ «

Le second de ses bienfaiteurs insignes était son ancien élève, le troisième fils de Philippe -Emmanuel, devenu archevêque de Paris et cardinal , connu sous le nom de cardinal de Retz, qui lui avait arraché bien des larmes par ses désordres et ses légèretés , mais qui du moins, dans ses désordres, n'avait jamais oublié son vieux précepteur, pas plus que celui-ci ne l'avait abandonné; qui avait approuvé par deiix fois et appuyé de toutes manières sa congrégation ; et qui, grâce aux prières du saint, commençant à se dégoûter des grandeurs de ce monde, rêvait de se démettre de l'archevêché de Paris, de renoncer au cardinalat, ce qu'il eût fait si Rome y avait consenti, et de finir comme son père, dans la solitude et la pénitence. On remarquera le ton de la lettre de notre saint, sa foi vive, qui lui fait oublier dans le cardinal de Retz son ancien élève et les fautes qui l'ont tant affligé, pour ne voir en lui que sa haute dignité d'archevêque de Paris et de cardinal :

u Monseigneur,

u J'ai sujet de penser que c'est ici la dernière fois que j'aurai l'honneur d'écrire à Votre Eminence, à cause de mon âge et d'une incommodité qui m'est survenue, qui peut-être me vont conduire au jugement de Dieu. Dans ce doute. Monseigneur, je supplie très humblement Votre Eminence de me pardonner si je lui ai déplu en quelque chose. J'ai été assez misérable pour le faire sans le vouloir, mais je ne l'ai jamais fait

* Lettres, t. IV, p. 597. no 2071.

avec dessein. Je prends aussi la confiance, Monsei-

gneur, de recommander à Votre Eminence sa petite compagnie de la Mission qu'elle a fondée, maintenue et favorisée, et qui, étant Fouvrage de ses mains, lui est aussi très soumise et très reconnaissante, comme à son père et à son prélat. Et, tandis qu'elle priera Dieu sur la terre pour Votre Eminence et pour la maison de Retz, je lui recommanderai au ciel l'une et l'autre, si sa divine bonté me fait la grâce de m'y recevoir, selon que je l'espère de sa miséricorde et de votre bénédiction, Monseigneur, que je demande à Votre Eminence, prosterné en esprit à vos pieds, étant comme je suis, à la vie et à la mort, en l'amour de Notre-Seigneur, etc. ^ »

La fin d'août était arrivée, et à chaque instant le mal devenait plus menaçant et plus douloureux. Une inflammation de la vessie vint achever son martyre. De la délicatesse dont il était, il ne voulut accepter aucun secours. « Il se prenait alors au cordon attaché à une solive de sa chambre, et, au milieu de douleurs intolérables , on ne lui entendait proférer que ce seul cri : « Ah ! mon Sauveur ! mon bon Sauveur ! « En même temps il jetait les yeux sur une petite croix de bois, conservée encore parmi ses reliques , qu'il avait fait placer devant lui pour puiser dans cette vue force et consolation "^. »

Deux choses lui restaient encore à faire et préoccupaient saintement ses derniers moments.

La première était de ne pas laisser orphelines ses chères Filles de la Charité, et de nommer une supérieure générale à la place de M^^® Le Gras. Pour cela il fallait réunir une dernière fois autour de son fauteuil ses chères filles ; ce qu'on ne croyait pas possible et ce

1 Lettres, t. IV, p. 596, n» 2070.

2 Maynard, t. IV, p. 316.

Page 1