‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 323 sur 394 · LIVRE VI. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE I

que les médecins estimaient un véritable dang'er. Il put le faire cependant le 27 août, et avec sa simplicité et sa franchise ordinaires il leur raconta qu'un jour, M}^^ Le Gras étant malade, il lui avait demandé quelle était celle de ses filles qu'elle jugeait la plus propre à la remplacer. Api'ès quelques instants d'hésitation et de réflexion : « Monsieur, avait- elle répondu, comme vous m'avez choisie avec la permission de la divine Providence, il me semble expédient que la première fois elle ne soit point nommée à la pluralité des voix, mais que vous la désigniez vous-même. Pour moi, je trouve que ma sœur Marguerite Chétif serait bien propre. C'est une fille qui partout a paru sage et partout a réussi ; à Arras, où elle est, elle a bien fait, et a été fort courageuse parmi les soldats. — Et comme nous en demeurâmes là, moi aussi, ajouta le saint, je demeure à son avis. » Gela dit, obéissant au dernier vœu de la fondatrice, il nomma Marguerite Chétif supérieure des Filles de la Charité * . »

Cette nomination faite, il songea à une autre plus importante encore dans le gouvernement des prêtres de la Mission et des Filles de la Charité : celle du supérieur général qui lui succéderait. Peut-être avait-il pensé d'abord à M. Portail ; mais la mort venait de le lui prendre. Il avait alors rejeté ses vues sur M. Aiméras ; mais celui-ci venait de tomber malade à Tours, où les pères de l'Oratoire l'avaient recueilli et le soignaient avec un dévouement incomparable. Saint Vincent de Paul l'avait néanmoins nommé son successeur ; et il avait déposé sa nomination dans un cofîret scellé des armes de la congrégation, confié à M. Berthe, avec ordre de ne l'ouvrir qu'après sa mort. Bien qu'il n'eût pas l'intention de faire connaître ce secret à M. Aimeras, il désirait ardemment le revoir. Il écrivait lettres sur

* Vie de .¥"'- Le Gras, p. 359-360.

lettres pour hâter son retour. Il le conjurait de l'effectuer le plus tôt possible. Pour la première fois de sa vie il paraissait pressé. « La Compagnie souffre de la privation de votre présence, et je serai plus consolé de votre retour, que je ne le saurais être par quelque autre sujet qui me pût survenir. » Et quelques jours après, cette lettre où la nomination de M. Aimeras éclate à travers les lignes: u Quand sera-ce, Monsieur, que nous aurons la consolation entière de vous savoir remis? Oh! que je le souhaite! oh! que Dieu vous fera une grande grâce 1 Je la lui demande souvent , non seulement pour mon intérêt particulier, qui n'est pas petit, puisque, étant plein d'estime et de tendresse pour vous, je suis le premier qui souffre de votre mal et de votre absence, mais encore pour le bien de la Compagnie, laquelle, ayant reçu de vous, par la grâce de Dieu , une grande édification , a encore besoin de votre secours et de vos exemples. Je vous dis ceci, Monsieur, avec un sentiment de reconnaissance envers Dieu et envers vous, et je n'en dis pas davantage , parce que cela suffit pour la fin que je prétends , qui est de vous montrer que vous ferez une chose agréable à Dieu de vous conserver et vous guérir par le repos et les remèdes qui sont en votre pouvoir, et surtout par le secours de Dieu , qui ne vous refusera pas les forces de corps et d'esprit nécessaires au dessein qu'il y a dans la Compagnie , si vous les lui demandez par son Fils Notre-Seigneur, lequel, ayant suscité la Compagnie pour son service, vous y a aussi appelé si utilement par sa grâce. N'épargnez donc rien de ce qui peut contribuer à votre santé et à l'avancement de votre retour, après lequel nous soupirons. »

Quoiqu'il ne se doutât pas des pensées qui préoccupaient le saint, ces instances étaient trop vives pour que M. Aimeras ne se hâtât pas de revenir dès que ses forces le lui permettraient. Il se i*endit d'abord à Riche-

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