‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 325 sur 394 · LIVRE YI. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE YI. — CHAPITRE I

de la résurrection, il sortait un instant de son sommeil et répétait: Paratum... Dans un de ces moments rapides de lucidité, M. d'Horgny et M. Berthe lui renouvelèrent la demande de sa bénédiction pour tous ses enfants, amis et bienfaiteurs, et cette fois levant les yeux et rencontrant ceux de ses enfants prosternés, il répondit fort distinctement : « Dieu vous bénisse ! « Les anciens se retirèrent alors consolés, emportant cette bénédiction comme un legs précieux de leur père. Les plus jeunes ou les plus forts, entre autres M. Gicquel et M. Berthe, restèrent toute la nuit, tâchant de lui suggérer de quart d'heure en quart d'heure quelque sainte parole : Mater c/ratiœ, Mater inisericordiai ! et il répétait: Mater gratiœ..., ou bien encore: Mater Dei, mémento mei ! aspirations qu'il répéta tout entières. Mais ce qu'il aimait à redire, ce qu'il proférait de lui-même, c'était l'invocation Deus , in adjutorium.

« Vers onze heures, une sueur le met tout en eau, et soudain son pouls devient insensible. Bientôt la sueur se glace, et on croit à la dernière heure. M. d'Horgny, bien vite appelé avec M. Berthe, M. Bourdet, M. Bécu et M. de Monchy, on fait la recommandation de l'âme. L'un d'eux, M. Gicquel, crie: « Jésus! » et le saint mourant fait écho. Deus, in adjutorium, crie un autre, et l'écho affaibli ne peut répéter bien bas que Deus... Cependant la chaleur vitale revient et le pouls recommence à battre.

« Vers minuit et quart, le frère Nicolas lui crie : (( Monsieur ! » Il se réveille encore , regarde doucement et dit: « Eh bien, mon frère, » et il retombe.

« A une heure et demie , on lui demande une nouvelle bénédiction pour sa famille : « Dieu la bénisse ! » répondit-il; et, recueillant encore ses forces, il lève la main et ajoute : « Qui cœpit opus , ipse perficiet. — Monsieur, dit alors M. d'Horgny, votre bénédiction

encore pour les messieurs de la conférence des mardis, — Oui. — Pour les dames de la Charité. — Oui. — Pour les enfants trouvés. — Oui. — Pour les femmes du Nom-de-Jésus. — Oui. — Pour tous les bienfaiteurs et amis. — Oui. »

« A deux heures, une nouvelle sueur le couvre. Son visage devient tout lumineux. M. Gicquel, voyant son goût pour le Deus, in adjutorium, le lui répète sans cesse. « C'est assez d'un mot, « répond le saint mourant, arraché peut-être par cette trop fréquente interpellation aux saintes visions du ciel.

« Un de ses prêtres commence le Credo: Credo in Deujn Patrem; il répond : Credo, et baise le crucifix qu'il tenait à la main. Credo in Jesum Christum. — Credo y répète-t-il, et il baise son crucifix. Et de même à tous les articles du symbole. Spero, poursuit le prêtre; inte speravi, in Domino confido. — Confîdo, reprend-il avec une gaieté souriante, et il baise encore l'objet de sa foi, le gage de sa confiante espérance, son crucifix.

« Un peu avant quatre heures , son visage se couvre encore d'une rougeur vermeille; il paraît tout en feu. On lui suggère quelques autres invocations, qu'il balbutie en remuant les lèvres sans pouvoir les fermer. Cette fois, c'est la mort qui vient *.

Vers quatre heures du matin, juste au moment où depuis quarante ans il se levait pour aller à l'oraison , on entendit quelques hoquets annonçant qu'il entrait en agonie. Mais ni efforts, ni convulsions, à peine un souffle un peu plus fort; et après un quart d'heure à peine , son âme était retournée à Dieu. On était au 27 septembre, un lundi. Le saint avait quatre-vingtquatre ans six mois et douze jours. Il était mort assis

1 Maynard, t. IV, p. 387 et suiv.. d'après le journal du missionnaire Gicquel.

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