‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 334 sur 394 · LIVRE VI, — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE VI, — CHAPITRE II

son puissant esprit fût surtout frappé des difficultés et des obstacles , soit que sa profonde humilité lui persuadât qu'il n'était pas digne d'entreprendre telle ou telle œuvre, soit que sa parfaite soumission à la volonté de Dieu lui fît craindre d'enjamber, comme il disait, sur la Providence, on aurait dit qu'il manquait d'initiative. Ses principales œuvres lui furent sugg-érées ou arrachées. Les dames de Châtillon-les-Dombes lui suggérèrent l'idée des Charités de province; M'^^ de Gondi, l'idée de la congrégation de la Mission; la présidente Goussault, ridée du service de l'Hôtel- Dieu. Il les fit attendre. Il multiplia les objections. Il fallut faire intervenir l'autorité de l'archevêque de Paris. 11 est vrai que, dès qu'il se mit à ces œuvres, il leur imprima le sceau de la perfection.

On a dit que, comme saint Thomas d'Aquin avait fait la Somme de la foi , saint Vincent de Paul avait fait la Somme de la charité. A la bonne heure, à condition qu'on se hâte d'ajouter qu'il l'a faite sans le vouloir et sans s'en douter; car, à la différence de saint Thomas, jamais il n'a songé à recueillir toutes les traditions antiques de la charité pour les coordonner entre elles dans une majestueuse harmonie. Il allait tout bonnement devant lui , créant , au fur et à mesure que la misère se présentait, le remède dont elle avait besoin, et si à la fin il s'est trouvé qu'il en résultait une sorte de vaste et magnifique synthèse des œuvres de charité, c'est qu'un autre y avait pensé pour lui.

Enfin, pour achever le portrait de son caractère, comme nous avons fait celui de son esprit et de son cœur, n'oublions pas de dire que , quand après mille hésitations notre saint s'était décidé à entreprendre une œuvre, il ne l'abandonnait plus. Rien n'était capable de l'arrêter, ni les difficultés qui pouvaient survenir en cours d'exécution ni les colères ou les jalousies qu'elles suscitaient quelquefois, ni cette espèce de lassitude

qu'on éprouve quand on s'est occupé longtemps à une même chose , ni le temps qui fait pâlir les œuvres anciennes pour éclairer les nouvelles. Après les avoir commencées avec douceur , patience , attendant les occasions , ne précipitant rien , il les poursuivait avec le plus rare esprit de constance et de suite, joint à un courage et une intrépidité invincibles.

Voilà ce qu'on peut dire des qualités naturelles de saint Vincent de Paul ; car, dès les premiers instants de sa vie, elles furent tellement saisies et pénétrées par la grâce, qu'il est presque impossible de les contempler en dehors d'elle. Tantôt la charité, s'emparant de son noble cœur, en portait la bonté à des hauteurs extraordinaires; tantôt la foi, se saisissant de son puissant esprit et en doublant les lumières, lui inspirait des hardiesses sublimes. Il en était de même de toutes ses facultés. Chacune d'elles, merveilleusement préparée par Dieu pour être une pierre d'attente et comme le piédestal d'une vertu divine, qui lui correspondait, s'unissait , se fondait en elle , de manière à ne pouvoir plus en être séparée. Gomme en Jésus- Christ aucune action n'était purement humaine, mais qu'à cause de l'union personnelle de son humanité et de sa divinité tous ses actes étaient théandriques , comme disent les théologiens, c'est-à-dire à la fois divins et humains, ainsi, toute proportion gardée, on n'aura jamais qu'une idée incomplète et même fausse de saint Vincent de Paul si on s'en tient à ses qualités naturelles , quelque éminentes qu'elles soient. Montons donc plus haut, jusqu'à ces vertus divines dans lesquelles elles s'étaient comme fondues, et où elles avaient trouvé un éclat nouveau; et, après avoir vu le grand homme, essayons de contempler le saint.

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