‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 337 sur 394 · LIVRE VI. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE III

mander conseil. « Monsieur, disait-il à un vicaire général, que vous rendez confus le fils d'un pauvre laboureur, qui a gardé les brebis et les pourceaux, qui est encore dans l'ignorance et dans le vice, de lui demander ses avis! Je vous obéirai néanmoins dans le sentiment de ce pauvre âne, qui a autrefois parlé par l'obéissance qu'il devait à celui qui lui commandait, à condition que comme l'on ne fait point d'état de ce que disent les fous pour ce qu'ils disent, qu'aussi mondit seigneur, ni vous, n'aurez aucun égard à ce que je vous dirai, sinon autant que mondit seigneur le trouvera rapportant à ses meilleurs avis et aux vôtres *. »

Mais ce dont il s'humiliait le plus, c'était de ce qu'il appelait la grandeur de ses péchés. Au commencement de l'œuvre, « souvent il se mettait à genoux devant les sept ou huit prêtres qui la composaient , déclarant en leur présence les péchés les plus griefs de sa vie passée ; de quoi ils furent grandement touchés, admirant la force de la grâce en leur supérieur, par laquelle il renonçait si courageusement à cette inclination naturelle que tous les hommes ont de cacher leurs infirmités, et tâchait, en leur découvrant les siennes, de détruire en eux tous les sentiments d'estime qu'ils pouvaient avoir pour lui. Il avait encore cette coutume, tous les ans, au jour de son baptême, de se mettre à genoux devant sa communauté , et demander pardon à Dieu de tous les péchés qu'il avait commis depuis tant d'années que sa bonté le souffrait sur la terre, priant la compagnie de lui pardonner tous les sujets de scandale qu'il pouvait avoir donnés , et de prier Dieu qu'il lui fît miséricorde^. »

Ce n'est pas seulement en cette occasion, mais en

^ Lettres, t. I, p. 278.

2 Abelly, t. II, p. 390.

une infinité d'autres, qu'on Fa vu se jeter aux pieds de ses inférieurs , même des moindres de la maison , dont nous rapporterons seulement quelques exemples.

« Croyant avoir donné une fois sujet de peine à un frère, pour lui avoir dit, peut-être d'un ton un peu ferme , qu'il se fallait donner patience pour résoudre ce qu'il lui avait proposé, il ne voulut point célébrer la messe qu'il ne se fût humilié devant ce frère ; et, ne l'ayant point trouvé à la cuisine , il l'alla chercher à la cave, où il lui demanda pardon de l'avoir contristé.

« Se trouvant un jour de jeûne dans une pauvre hôlellerie, en quelque voyage qu'il faisait, et ayant demandé un peu d'huile pour manger de la morue sèche qu'on lui avait présentée pour son dîner, son humilité lui fit craindre que cela n'eût causé quelque mauvaise édification à celui qui l'accompagnait ; c'est pourquoi il se mit à genoux devant lui, pour lui en demander pardon.

« Un autre jour faisant voyage avec trois de ses prêtres, il les entretint, pour les divertir, de quelque chose qui lui était autrefois arrivé ; mais, comme ils l'écoutaient avec attention, ils furent bien étonnés lorsqu'au milieu de son discours il frappa sa poitrine, disant qu'il était un misérable , tout rempli de superbe et d'orgueil, et qu'il ne faisait que parler de soi-même; de sorte qu'aussitôt il fallut changer de sujet d'entretien ; et dès qu'ils furent arrivés au lieu où ils devaient s'arrêter, il ne manqua pas de leur demander pardon à genoux du scandale qu'il leur avait donné en parlant de soi-même *.

« Un très bon prélat lui ayant proposé par lettre une vingtaine de difficultés notables, sur lesquelles il lui demandait son avis, il commença la réponse qu'il lui fit en ces termes : « Hélas ! Monseigneur, que faites-

1 Abelly, t. II, p. 390, 391.

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