‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 340 sur 394 · LIVRE VI. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE III

secours de sa grâce , et sa foi s'est trouvée plutôt fortifiée qu'afPaiblie par toutes ces épreuves *. »

On lui a souvent entendu dire « qu'il remerciait Dieu de ce qu'il l'avait conservé dans l'intégrité de la foi, au milieu d'un siècle qui avait produit tant d'erreurs et d'opinions scandaleuses, et de ce que Dieu lui avait fait la grâce de n'avoir jamais adhéré à aucun sentiment qui fût contre celui de l'Eglise ; et que, nonobstant toutes les occasions périlleuses qui s'étaient présentées pour le détourner du droit chemin, il s'était toujours trouvé, par une protection spéciale de Dieu, du parti de la vérité ^ » .

Peu à peu cette foi si bien gardée envahit toutes les facultés de son âme, et donna à toutes ses œuvres une élévation singulière. On a vu dans le cours des âges des hommes éminents par l'esprit, et d'autres exquis par le cœur, s'émouvoir des misères des pauvres. Mais que voyaient-ils en lui ? son corps épuisé par la faim, ses haillons usés par la misère ? Et quelle était leur plus haute ambition ? ouvrir des crèches pour les enfants , des asiles pour les vieillards, des hôpitaux pour les malades ; et quand ils avaient fait cela , ils croyaient qu'il n'y avait plus rien à faire. Saint Vincent de Paul ne négligeait pas cette partie de la charité. Des crèches, des asiles , des hôpitaux , il en a fondé autant qu'eux , plus qu'eux, et il croyait n'avoir rien fait.

On en a vu d'autres plus éminents encore se préoccuper moins des misères du corps que de celles de l'esprit, enténébré par l'ignorance, et proclamer qu'il n'y a rien à faire , tant qu'on n'aura pas fondé des écoles et délivré l'esprit du peuple des ténèbres de l'ignorance ; ici encore, saint Vincent de Paul les avait précédés. Il avait couvert la France d'écoles pour les pauvres , et il

1 Abelly, t. II, p. 178.

2 Ibid., p. 179.

avait appris aux jeunes filles riches à tout quitter, parents, famille, fortune, et à se consacrer à l'éducation des classes pauvres. Mais, cela fait, il avait cru n'avoir encore rien fait, et ce qui était le maximum des efforts des philosophes était à peine pour lui le marchepied pour s'élever plus haut , jusqu'à l'âme immortelle , qui descend de Dieu et qui doit y retourner. Dès lors sauver le corps c'est bien, éclairer l'esprit c'est mieux ; mais ce qu'il faut avant tout, par-dessus tout, c'est sauver l'âme , la purifier, l'arracher au mal qui la perd , la donner à Dieu qui l'a faite, voilà le point de vue de saint Vincent de Paul ; le reste n'est plus rien pour lui.

Arrivé sur ces hauteurs , il montait encore, il perçait les derniers voiles. A travers les haillons du pauvre, il apercevait Jésus-Christ, son divin Maître , et il se mettait à ses pieds: « Je ne dois pas considérer, disait-il, un pauvre paysan ou une pauvre femme selon leur extérieur, ni selon ce qui paraît de la portée de leur esprit; d'autant que bien souvent ils n'ont presque pas la figure ni l'esprit de personnes raisonnables, tant ils sont grossiers et terrestres. Mais tournez la médaille, et vous verrez, par les lumières de la foi, que le Fils de Dieu, qui a voulu être pauvre, nous est représenté par ces pauvres ; qu'il n'avait presque pas la figure d'un homme en sa passion , et qu'il passait pour fou dans l'esprit des Gentils, et pour pierre de scandale dans celui des Juifs ; et avec tout cela il se qualifie l'évangéliste des pauvres : Evangelizare pauperihus misit me. Dieu ! qu'il fait beau voir les pauvres , si nous les considérons en Dieu et dans l'estime que Jésus -Christ en a faite ! Mais si nous les regardons selon les sentiments de la chair et de l'esprit mondain , ils paraîtront méprisables ^ . »

En lisant toutes ces choses, comme on voit bien aller

1 Abelly, t. II, p. 183, 184.

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