‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 341 sur 394 · LIVRE VI. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE III

loin et disparaître ces idées de philosophie et de philanthropie, dont on a cherché à affubler le nom de saint Vincent de Paul ! Il vivait dans une sphère bien supérieure à celle-là. Son grand esprit était plong-é dans les lumières de la foi, et son noble cœur enflammé de toutes les ardeurs de la charité. Et, disons-le, la charité n'était pas assez haute pour lui ; elle n'était pas son but, elle n'était que son moyen. Il ne donnait du pain aux pauvres que pour les amener à Dieu. Il ne guérissait les plaies du corps que pour en venir à guérir les plaies de l'âme. Le grand spectacle qui lui arrachait des sanglots, des cris d'angoisse, ce n'était pas la vue d'un monde dévoré par la pauvreté, par la misère ; c'était la vue d'un monde souillé par le péché, d'âmes faites par Dieu, destinées à retourner à lui, et manquant leur grand but. Il était apôtre en faisant la charité. Il servait Dieu en servant les âmes. Il faisait acte, non de philanthropie, mais de sainteté. A cette foi si vive, qui donnait à sa vie et à ses actes une telle élévation , se joignait en saint Vincent de Paul le plus grand amour pour Dieu, la plus profonde tendresse pour Notre- Seigneur Jésus -Christ. Et c'est par là qu'il achève de se séparer de tous les bienfaiteurs de l'humanité ; car, sïl aimait les pauvres , il aimait bien davantage encore Notre-Seigneur Jésus-Christ, leur Maître, disait-il, et le mien. La pensée de ce qu'il avait fait pour les hommes en descendant sur la terre et en se faisant clouer sur la croix, le jetait dans le ravissement; malgré les efforts qu'il faisait pour se cacher, on l'a surpris quelquefois les yeux longuement fixés sur le crucifix dans une sorte d'extase. Il gémissait de ne pouvoir rendre amour pour amour, et il aurait voulu, à quatre-vingt-cinq ans, aller aux Indes et y mourir pour Jésus-Christ. « Moi-même, disait -il, quoique vieux et caduc, je dois être dans la disposition d'esprit d'aller aux Indes, encore que je dusse mourir par le chemin. » Et il l'eût fait, sans les

douleurs extrêmes de ses jambes, qui, vers quatre-vingts ans , commencèrent à le clouer sur une chaise. Encore voulut -il, cette dernière année , aller en mission pendant le temps d'un jubilé; et les paysans ont gardé longtemps le souvenir de ce vieillard de quatre-vingts ans , qui , malgré son âge avancé et ses nombreuses infirmités, s'employait avec un zèle sans pareil à catéchiser, prêcher, confesser et à leur parler de Dieu avec un cœur enflammé.

Mais c'était surtout dans la célébration du saint sacrifice de la messe qu'on pouvait juger de la vivacité de sa foi et de la profondeur de son amour.

Lorsqu'il rencontrait, en récitant l'évangile, quelques paroles que Notre -Seigneur avait proférées , il les prononçait d'un ton de voix plus tendre et plus atîectueux, ce qui donnait de la dévotion aux assistants. Plus d'une fois des personnes qui ne le connaissaient point, ayant entendu sa messe , se disaient entre elles avec admiration : « Mon Dieu, que voilà un prêtre qui dit bien la messe ! Il faut que ce soit un saint. » D'autres disaient qu'il leur semblait voir un ange à l'autel ^.

En considérant cette modestie respectueuse qui paraissait sur son visage, on eût pu dire qu'il voyait de ses yeux Jésus -Christ ; et la composition de son extérieur était si religieuse, qu'elle était capable de réveiller la foi la plus endormie et de donner aux plus insensibles des sentiments de piété envers cet adorable mystère.

Lorsqu'il était en prière devant le saint Sacrement, il se tenait toujours prosterné à deux genoux, avec une contenance si humble, qu'il semblait vouloir s'abaisser jusqu'au centre de la terre , pour témoigner davantage son respect envers la Majesté de celui qu'il reconnaissait présent. Jésus -Christ était son livre et son miroir

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