‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 351 sur 394 · II · texte numérisé non relu

II

savait que les souffrances de ce temps n'ont point de proportion avec la gloire future qui sera révélée en nous.

« On raconte qu'ayant aperçu un de ses compagnons d'esclavage misérablement abattu sous le lourd poids de ses chaînes , et n'ayant rien à donner pour soulager les angoisses de ce malheureux, il se mit lui-même dans les fers, afin de racheter aux dépens de son corps la calamité d'autrui. Il avait été appliqué par un homme dur , le dernier de ses maîtres ( car il en eut trois dans le cours de sa captivité ) , aux rudes travaux de la culture des champs , où venait souvent le visiter une des concubines de ce maître , qui , née dans le mahométisme , était néanmoins désireuse d'apprendre la croyance et les règles de la religion chrétienne. Un jour, après bien des questions sur Dieu et sur le christianisme , elle lui ordonna de chanter quelque chose des cantiques de Sion. Alors le serviteur de Dieu chanta ce psaume : « Sur les bords des fleuves de Babylone, nous nous « sommes assis et nous avons pleuré, » et d'autres pieux cantiques. Or, pendant que le cantique sacré du Seigneur résonnait, par la bouche de Vincent, aux oreilles incirconcises de la mahométane, Dieu opérait dans le cœur de cette femme profane pour lui faire sentir quelque suavité de la céleste douceur. Ainsi, de retour à la maison , elle alla trouver son mari , qui avait abandonné la foi chrétienne pour suivre les délires de Mahomet, et lui reprocha d'avoir abjuré sa religion, qui lui paraissait très bonne, tant par ce qu'elle en avait appris de la bouche de son esclave, que par le plaisir inaccoutumé qu'elle avait ressenti du chant du cantique, plaisir tel, qu'elle n'espérait pas d'en goûter un si grand dans le paradis de ses pères. Touché des paroles de sa femme , cet impie jeta les yeux sur son état horrible, le condamna, et, avec le secours des avis et des prières de son saint esclave Vincent, il

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