‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 352 sur 394 · LIVRE VI. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE VI

résolut d'en sortir. En effet, après avoir niis ordre à ses affaires , il s'échappa avec lui sur une petite barque des mains des Turcs, s'enfuit en France, où Vincent le présenta au vice-légat du Siège apostolique d'Avignon , qui, gardant les sacrés rites et lui imposant une pénitence, le réconcilia à l'Eglise.

« Le serviteur de Dieu se rendit ensuite à Rome, pour y honorer les sacrées dépouilles des martyrs , dont le sang a purifié une ville qui , de siège de la superstition , est devenue la mère et la maîtresse de la religion , et pour se prosterner aux tombeaux des apôtres et vénérer la chaire de Pierre, dont la dignité ne défaille pas même dans son indigne héritier.

« De retour en France, sur les conseils d'un homme de piété excellente, Pierre BéruUe, fondateur de la Congrégation de l'Oratoire de Jésus et depuis cardinal de la sainte Eglise romaine, il se chargea du ministère paroissial dans les diocèses d'abord de Paris, ensuite de Lyon, où, se faisant de cœur le modèle du troupeau , il dirigea dans la voie du Seigneur les brebis qui lui étaient commises , et les nourrit de sa parole et de son exemple. Et comme la moisson était grande et le nombre des ouvriers petit, il reçut de jeunes clercs qu'il nourrit et éleva dans sa maison , menant avec eux une vie commune, et qu'il instruisit dans la loi du Seigneur, pour que, dans un âge plus avancé, ils pussent édifier l'Eglise du Seigneur par la parole divine et une doctrine salutaire.

« La pieuse renommée de Vincent et l'odeur de sa bonne conduite parvint à saint François de Sales , qui le préposa aux religieuses dites de la Visitation , dont un monastère avait été récemment érigé à Paris. Dans ce difficile ministère à lui confié , gardien vigilant des saintes servantes de Dieu , directeur prudent des âmes , il montra et prouva par ses œuvres combien juste et vrai était le jugement du saint prélat, qui affirmait ou-

vertement ne pas connaître de plus digne prêtre que Vincent. Or, pendant quarante ans, le bienheureux serviteur de Dieu , avec une prudence , un soin et une sollicitude singulière , conduisit ces vierges sacrées dans la voie du salut, pour qu'après avoir renoncé à la concupiscence charnelle et s'être consacrée à Dieu tant de corps que d'esprit, elles consommassent leur ouvrage et parvinssent , par la fidélité aux divins préceptes , aux récompenses de Dieu.

« Mais l'ardente charité de Vincent ne se pouvait renfermer dans les cloîtres des monastères. Sachant bien qu'il n'est pas de travail plus excellent ni plus utile que la culture et la guérison des âmes , pour engager une lutte spirituelle contre la concupiscence de la chair et les dépravations du monde, contre l'orgueil et la méchanceté du siècle, contre les calamités et les misères des enfants d'Adam , contre l'ignorance des enfants; en un mot, contre les esprits de malice, il dressa des armées de braves destinés à combattre les combats du Seigneur. En effet, en l'année 1625, il établit la congrégation des prêtres séculiers de la Mission, qui, méprisant et quittant les délices du monde, réunis en communauté très chaste et très sainte, n'ayant rien en propre, vivraient ensemble dans la prière, la lecture, les instructions et les autres» exercices spirituels, pour former ainsi les clercs séculiers à la science du Seigneur, aux cérémonies ecclésiastiques et au sacré ministère , et exciter les laïques , en leur proposant la méditation des préceptes divins et des choses •célestes, à parcourir la voie du salut; qui s'engageraient à Dieu par un vœu perpétuel à exercer l'emploi apostolique des saintes Missions , particulièrement dans les bourgs, les villages et autres lieux des champs, où la lumière de la vérité évangélique brille rarement sur des hommes plongés dans les ténèbres et l'ombre de la mort; qui, n'étant enflés d'aucun orgueil, troublés par

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