‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 354 sur 394 · LIVRE VI. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE VI

ciples de la Mission , et sur les places parmi les citoyens , et dans les maisons privées parmi les indigents et les calamiteux, et dans les hôpitaux publics parmi les vieillards et les malades, et dans les bourgs et villages parmi les paysans et les laboureurs , et dans les monastères de vierges consacrées, et dans les assemblées ecclésiastiques , partout et parmi tous , il remplissait les offices de la charité, il répandait la lumière de la sainteté, il disséminait la bonne odeur du Christ; car, jusque dans le palais de la royauté, méprisant la vanité du siècle, foulant aux pieds ses richesses et ses honneurs , il tenait toutes ses pensées tournées vers Dieu et fixées au ciel. Aussi son principal soin fut qu'aux prébendes paroissiales, aux dignités et autres bénéfices ecclésiastiques , qui sont le bien des pauvres et le patrimoine du Christ, on préposât les plus dignes ; et lorsque des gentilshommes lui recommandaient leurs fils et le pressaient de promesses ou de menaces, il foula aux pieds et les espérances et les craintes ; car cette âme forte et robuste ne désira pas s'acquérir, au détriment de l'héritage du Christ et aux dépens de la Croix, des amis puissants, et, sans trembler des maux dont on le menaçait, elle ne redouta pas les ennemis.

« Parmi les compagnons de ses missions sacrées qu'il avait voulu obliger avec lui par vœu à enseigner surtout aux hommes des champs les mystères de la foi catholique et les préceptes divins, et appliquer aussi à la bonne éducation du clergé et aux autres œuvres de charité, tout le temps de son pèlerinage et de sa vie, ceint de la force d'en haut, il se montra ministre fidèle, courageux et infatigable ouvrier dans la culture de la vigne du Seigneur.

u Parce qu'il n'avait fait aucune violence, comme quelques-uns, pour obtenir leur gouvernement, mais qu'il l'avait plutôt soufferte pour l'accepter, il se conduisait de manière à les embrasser tous dans les en-

trailles d'une intime charité. Il avait soin, en effet, que la tristesse n'abattît, que la pensée du siècle ne tourmentât aucun d'eux, et, avec la vigilante sollicitude d'un père, il veilla à ce que celui-ci ne fût pas accablé par un travail excessif, à ce que celui-là ne s'endormît pas dans une excessive inaction , détournant les vigoureux de la paresse , forçant les fervents au repos , allégeant à tous le joug suave du Christ, et écartant tous les pièges du diable ; les unissant tous dans la sainte société des âmes et dans la parfaite charité du Christ , il les animait de parole et d'exemple à courir la carrière des vertus chrétiennes.

« Pour lui , qui les dépassait tous par le mérite de sa sainteté et par la dignité de sa place , il se mettait audessous d'eux par l'humble abaissement de son esprit. Il se disait souvent et en public un homme de rien , le fils d'un villageois , appliqué autrefois à la garde d'un troupeau ; dans une assemblée générale , il abdiqua la préfecture perpétuelle de sa congrégation^ affirmant par humilité qu'il était incapable d'en porter le fardeau ; il demanda avec instance qu'un autre fût mis à sa place, et il fallut les prières réitérées de l'assemblée tout entière et une sorte de violence pour qu'il l'exerçât dans la suite. C'est que plus il s'élevait au faîte de la sainteté par la connaissance et l'amour 'de Dieu, plus il se mettait bas par la connaissance et le mépris de luimême; aussi remplissait- il les emplois les plus vils de sa maison, et souvent, prosterné à genoux et versant des larmes , il demandait pardon aux siens d'avoir scandalisé leur âme par ses mauvais exemples. Par ses admirables œuvres de piété et ses éminentes vertus, il s'était acquis à la cour un crédit souverain : la reine de France en faisait un cas particulier, et auprès de tous les évêques , des cardinaux , de tous les grands dans l'Eglise et dans le siècle, des hommes de tout état et de toute condition , il était tenu en grand honneur, en

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