‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 37 sur 394 · LIVRE 1. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE 1. — CHAPITRE IV

scène, et que sa plume a autant exécuté pour sa g-loire que son épée même ^ ». Un beau portrait de Philippe- Emmanuel, publié par Corbinelli, ne dément pas ces témoignages. « Sa tête élégante, aux traits finement dessinés, repose sur une fraise à la Henri IV. Tout y respire une grande douceur : les yeux, la bouche légèrement épanouie, le nez qui va s'élargissant un peu à la base. Mais rien n'y rappelle Faudace et Fintrépidité qui éclatent dans son père Albert de Gondi, et que nous allons retrouver dans ses enfants ^. »

Vers 1600, à peine âgé de vingt ans, il avait épousé Françoise -Marguerite de Silly, d'une rare vertu, d'une douceur angélique , et dont la piété profonde allait d'un côté jusqu'au scrupule, et de l'autre jusqu'à l'extase. Toute son âme se lit dans le portrait que nous a laissé de cette beauté frêle et délicate , pudique et timide , l'habile burin de Duflos. « Sur une fraise en éventail à la Médicis se détache sa tête charmante, au profil grec d'une grande pureté et d'une remarquable finesse ; ses grands yeux, aux regards un peu vagues, semblent absorbés dans une contemplation céleste. Par son expression et la douceur des lignes , c'est une vraie tête de madone du Pérugin ^. » Disons à l'honneur de Philippe -Emmanuel de Gondi qu'il comprit le trésor que Dieu lui avait confié, qu'il entoura Marguerite de Gondi d'une sorte de vénération, et que, sa femme morte, il ne trouva de refuge contre sa profonde douleur que dans la vie religieuse.

Trois fils naquirent de cette union , les trois élèves de saint Vinrent de Paul.

Le premier, Pierre, né à Paris en 1602, et qui avait par conséquent onze ans lorsqu'il fut confié à notre

1 Corbinelli, t. II, p. 49.

2 Chantelauze, p. 78.

3 Id., p. 79.

saint, était destiné , comme tous ses aînés , aux honneurs et aux charges de l'Etat. A peine âgé de vingt ans , il accompagna son père lorsque celui-ci se hasarda le premier à faire passer les galères de la Méditerranée dans les eaux de FOcéan, pour mener du secours au roi devant la Rochelle, se battit comme un lion à l'île de Ré, où il eut une épaule cassée d'un coup de mousquet et un cheval tué sous lui. Toujours du reste, dans sa longue vie, semblable à lui-même, plus homme de combats que d'affaires, d'une bravoure exceptionnelle, d'une résolution indomptable et d'une foi égale à sa bravoure.

Le second, Henri de Gondi , destiné à l'Eglise , doux et pieux comme sa mère , pâle et blond à la différence de ses deux frères , dont le teint bronzé rappelait leur origine florentine, ambitieux comme tous les Gondi; on cite un mot de sa première enfance : « Je veux être cardinal, disait-il, pour passer devant mon frère. » Il l'eût été, en effet, si la mort ne l'eût emporté avant l'âge. Il fut tué, en 1622, d'une chute à la chasse et d'un coup de pied de son cheval.

Au moment où saint Vincent de Paul arrivait au château de Montmirail ^ , où ils habitaient alors , sur la fin d'août 1613, M. et M^^ de Gondi n'avaient que ces deux enfants ; mais il allait leur en naître un troisième , celui qui est connu sous le nom célèbre de cardinal de Retz. Il vint au monde vers le 20 septembre 1613^, et reçut

1 Montmirail, baronie de Tancienne Champagne et Brie; aujourd'hui canton du département de la Marne, arrondissement d'Epernay; 2,343 habitants. Le château, qui est très beau et parjfaitement conservé, appaz'tient à la famille de Doudeauville.

2 Et non au mois d'octobre 1614, comme l'ont dit beaucoup d'historiens. La mairie de Montmirail conserve l'acte de baptême, qui est ainsi conçu : « Le vingtième jour de septembre mil six cent treize, fut baptisé François-Paul, fils de très haut et très puissant seigneur messii^e Philippe-Emmanuel de Gondy, lieutenant pour le roi es mers du Levant et du Ponant, général des galères de France, comte de Joigny, seigneur et baron de cette A'illc de Montmirail, etc., et de très honorée dame,

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