‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 365 sur 394 · LIVRE VI. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE V

filiale avait embelli la dernière couche d'un père si vertueux et si charitable ; mais l'or le plus pur valait -il pour ses enfants la moindre portion de ses restes précieux ? Laissant à la cupidité ce qu'elle recherchait avec une insatiable ardeur, chassés de leur asile et dépouillés de leurs biens , les prêtres de la congrégation de la Mission crurent n'avoir rien perdu lorsqu'ils eurent sauvé de la dévastation et du pillage ce qu'ils regardaient comme leur plus cher trésor. Heureux de l'avoir soustrait aux regards profanes , ils l'enfermèrent avec précaution, et ils en confièrent la garde à ces Filles de Saint -Vincent -de -Paul dont le nom seul est son plus beau panégyrique.

« Humblement vénéré dans le silence de la retraite , dans ce séminaire où la charité de Vincent multiplie encore chaque jour les institutrices fidèles de l'enfance abandonnée et les héroïques servantes des pauvres malades, ce sacré dépôt attendait que la magnificence royale et la reconnaissance publique, de concert avec la religion , lui préparassent un nouveau sanctuaire , et lui décernassent de solennels hommages. Par l'inépuisable charité de nos rois, une chapelle en l'honneur et sous l'invocation du saint Prêtre a été construite non loin et en regard d'un de ces hospices où la religion a confié aux plus tendres soins les malades que les secours humains désespèrent de guérir. Là, N. T. G. F., se réunissent chaque jour, dans un esprit de recueillement et de prière, les généreux enfants de Vincent de Paul; là, sous les yeux de ses pieux successeurs, une famille nombreuse de lévites viennent encore, comme autrefois , au pied des saints autels puiser dans la ferveur de l'oraison les lumières de la science, la fermeté du zèle, l'onction de la charité, l'abnégation du désintéressement, la force et la douceur de toutes les vertus qui donnent au ministère évangélique une si puissante autorité , et dont ils ont le bonheur de pouvoir contem-

pler de si près un des plus parfaits modèles ; là encore les fidèles viennent apprendre d'un seul coup d'œil tout ce qu'ils doivent de respect au culte divin , et les malheureux tout ce qu'ils peuvent espérer de prêtres aussi fervents; là aussi, N. T. C. F., sous les yeux du clergé et du peuple chrétien, nous avons le projet de reporter en triomphe, accompagnées de mille et mille bénédictions, les dépouilles mortelles de « l'homme de Dieu, « qui, passant sur la terre en faisant du bien, a rassasié « tant de pauvres dans Sion, et instruit tant de prêtres « à se revêtir de la justice ^ . »

Il fallait auparavant constater l'identité des reliques. C'est ce qui eut lieu le 6 avril 1830. La caisse qui contenait le corps vénérable fut transportée à l'archevêché. Une commission nommée par l'archevêque s'était livrée aux plus consciencieuses recherches pour établir, jusque dans les moindres détails, l'histoire de ces reliques depuis leur premier déplacement. Les procèsverbaux de tous ces travaux ayant été lus par le commissaire de la commission d'enquête, le savant abbé Tresvaux, et l'archevêque ayant prononcé son jugement d'identité, la caisse fut ouverte. Avec quelle émotion on put contempler le corps vénérable ! Les médecins en firent un examen minutieux. Aucun doute n'était possible : c'était bien le corps du saint, tel que les procès -verbaux enfermés dans la châsse qu'on venait d'ouvrir le décrivaient. Alors la vénération des assistants, clergé et fidèles, prêtres de la Mission et Filles de la Charité, éclata en touchants hommages. La caisse ensuite fut refermée , et scellée du sceau de l'archevêque, jusqu'à ce qu'on pût renfermer les précieuses reliques dans la nouvelle châsse qui lui était décernée.

Cette châsse est splendide. a Elle est d'argent ; elle a la forme d'un carré long , et environ six pieds de lon-

* Ps. cxxxi, 15.

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