LIVRE VI. — CHAPITRE V
gueur sur trois de hauteur et sur une larg*eur à peu près égale. Trois des faces latérales sont fermées par de belles glaces. Le dessus est également fermé et a la forme un peu cintrée. Toutes les parties de cette châsse, les montants et le cintre, sont ciselées avec goût. A chacun des deux montants du devant est adossé un petit enfant, aussi en argent, de plus d'un pied de haut; les statues, représentant des orphelins, ont les mains jointes et regardent avec respect les reliques de leur bienfaiteur. Celle de saint Vincent, à genoux et portée sur un nuage , surmonte la châsse et lui sert de couronnement ; le saint y est représenté élevant les yeux et les mains vers le ciel ; il est en habits sacerdotaux avec Fétole ; autour de lui sont quatre ang-es portant les attributs de diverses vertus. »
Ce fut le 23 avril que le corps de saint Vincent de Paul y fut renfermé, revêtu de soie blanche, et pardessus d'habits sacerdotaux et d'une riche étole, présent de M?'' de Quélen. Une représentation en cire de la figure du saint en offrait aux regards la vraie image , et sur sa poitrine était placé un crucifix qu'on disait avoir servi à saint Vincent de Paul pour exhorter Louis XIII à la mort.
Tout étant ainsi préparé, le lendemain, aux sons graves du bourdon de Notre-Dame, la châsse y fut transportée , et un éloquent panégyrique fut prononcé par M. l'abbé Matthieu, depuis archevêque de Besançon. Le dimanche 25, second dimanche après Pâques, une messe solennelle, à laquelle assistaient douze évêques, fut célébrée par le nonce apostolique, M&r Lambruschini. L'après-midi, à deux heures, l'immense procession se mit en marche pour Saint-Lazare , au milieu d'une foule innombrable et enthousiaste ; trois reposoirs avaient été dressés, à l'Institut, à l'hospice de la Charité et près des dames de Saint-Thomas de Villeneuve. Vincent de Paul traversait ainsi en
triomphe ce Paris, qu'il avait rempli des œuvres et des monuments de sa charité.
Le roi, qui avait fait la faute de ne pas prendre place au cortège, vint le lendemain, et avec lui les princes et les princesses et toute la cour, s'agenouiller devant les saintes reliques. Pendant huit jours, ce furent de continuels pèlerinages ; tout Paris s' émut , et pendant toute l'octave , non seulement des villages voisins , mais de villes même éloignées , on vit arriver de magnifiques députations.
Depuis , la France y est venue tout entière , attirée par les parfums de foi et de charité qui s'échappent de cette châsse bénie. Quel cœur ne se sent incliné à se tourner avec amour vers celui qui fut en nos temps modernes un si grand bienfaiteur des hommes, et comme le génie même de la charité * ?
* Ici s'arrête Tœuvre de Mgr Bougaud.