‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 38 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE IV

au baptême le nom de François-Paul, Comme il était né pendant le chapitre général de Tordre de Malte , on obtint pour lui un brevet de chevalier qui fut déposé sur son berceau, u en sorte, dit Tallemand des Réaux, qu'il aurait été grand -croix de bonne heure. « Ce fut, en ejffet, de ce côté que fut d'abord dirigée son éducation. Mais quand, son frère destiné à l'Eglise eut été tué à la chasse, on changea brusquement de projet, et, pour que l'archevêché de Paris ne sortît pas de la famille , on destina François-Paul à l'Eglise. « Je ne crois pas, a-t-il écrit dans ses Mémoires^ , qu'il y eût au monde un meilleur cœur que celui de mon père, et je puis dire que sa trempe était celle de la vertu. Cependant et mes duels et mes galanteries ne l'empêchèrent pas de faire tous ses efforts pour attacher à l'Eglise l'âme peut-être la moins ecclésiastique qui fût dans l'univers ; la prédilection pour son aîné et la vue de l'archevêché de Paris, qui était dans sa maison , produisirent cet effet. Il ne le crut pas et ne le sentit pas lui-même; je jurerais qu'il eût luimême juré, dans le plus intérieur de son cœur, qu'il n'avait en cela d'autre mouvement que celui qui lui était inspiré par l'appréhension des périls auxquels la profession contraire exposerait mon âme. » Cela est parfaitement vrai de son père et encore plus de sa sainte mère. Mais tel est l'empire de certaines traditions à une époque, que les meilleures âmes ne parviennent pas à y échapper.

Vincent de Paul avait à remplir auprès de ces trois

Mme Françoise -Marguerite de Silly, sa femme. » — « Le parrain, Révérend Père en Dieu raessire François de Gondy, doyen de Notre-Dame de Paris et abbé de Saint-Aubin d'Angers; la marraine , Mme Marie de Balehan , dame, de Rupereux et Tigecourt. » Signé : « Jean -François de Gondy, doyen de Paris; Marie Balehan; Delaistre, prieur. » ( Chantelauze , 38-39.)

' Mémoires du cardinal de Retz. Edition des grands écrivains de la France. Paris, Hachette, 1870; t. I, p. 89.

enfants une double mission : leur apprendre les principes fondamentaux de la religion , à connaître , à aimer et à servir Dieu, et en même temps les initier aux éléments des langues grecque et latine , si en honneur dans la famille de Gondi. Néanmoins M"^*^ de Gondi mettait bien au-dessus de tout cette première partie de l'éducation de ses enfants, et c'est pourquoi elle s'était adressée à M. de Bérulle. « Je souhaite bien plus, disait-elle, de faire de ceux que Dieu m'a donnés des saints dans le ciel que des grands seigneurs sur la terre ^ »

On aurait pu avoir de curieux détails sur les premières leçons de Vincent de Paul, si les Mémoires de son troisième élève, François-Paul de Gondi, cardinal de Retz, fussent venues jusqu'à nous. Malheureusement les deux cent cinquante premières pages in-quarto des Mémoires autographes du cardinal de Retz, dans lesquelles il racontait toute sa jeunesse, ont été déchirées on ne sait par qui ni dans quel but : perte immense au point de vue littéraire , et absolument irréparable au point de vue historique.

S'il faut cependant juger de l'éducation des deux aînés par celle du plus jeune , on peut entrevoir ce qu'était l'action de saint Vincent de Paul, a Vincent de Paul , dit un ancien historien , instruisit le futur cardinal de Retz dans ses études , où il fit de merveilleux progrès. Il apprit jusqu'à sept langues avec beaucoup de facilité : l'hébreu, le grec, le latin, l'italien, l'espagnol, l'allemand et le français, qu'il parlait avec politesse. Il fut reçu docteur par la Sorbonne avec beaucoup d'applaudissements. En lisant ses Mémoires , on voit à quel rare degré il savait le français. Quant à l'italien, c'était sa se-

1 Collet, t. I, p. 40. Vie du Père de Gondi, p. 329.

2 Vincent de Paul ne voulut pas se charger par lui-même de l'instruction des enfants de Gondi; mais il eut un précepteur sous ses ordres.

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