‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 39 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE IV

conde langue maternelle. Il reste de lui plusieurs lettres latines dignes des Bembo et des Sadolet. Il savait si bien le grec, qu'au séminaire de la congrégation de Flndex il traduisit couramment un livre écrit en grec moderne auquel les autres cardinaux n'avaient rien pu comprendre. Enfin, vers les derniers temps de sa vie, il lisait son bréviaire en hébreu *. » Bien entendu que je ne parle pas du génie qui éclate dans ses Mémoires, de cette langue vive, familière, supérieure et négligée, qui atteste une main de maître , où il y a à la fois du Saint-Simon et du Bossuet^ : ce sont là choses qui ne s'apprennent pas auprès d'un précepteur, si éminent soit-il.

Quant à l'éducation religieuse et morale que Vincent de Paul devait à ses trois élèves, d'une nature si violente, on ne voit pas que l'aîné en ait si mal profité. « Tout jeune qu'il était, dit Gorbinelli, il avait l'esprit, le courage, la prudence, la maturité d'un homme fait^. » Sa piété ne se démentit jamais. Quant au second, tué si jeune d'une chute de cheval, qui peut dire ce que les enseignements de Vincent de Paul avaient déposé dans sa jeune âme, et ce qu'il s'y réveilla de foi et d'amour de Dieu au moment suprême? Le troisième, il est vrai, passa sa vie dans des aventures folles ou tragiques , qui firent éclater la grandeur de son génie et la détestable puissance de ses passions ^. Mais ce que les historiens n'ont pas dit, c'est que celles-ci étaient quelquefois interrompues par des retraites à Saint -Lazare; et qu'étant arrivé à la fin de sa vie , on le vit éprouver ce dégoût des choses de la terre que ne ressentent que ceux

* Etienne Algay de Martignac, Eloges historiques des évêques et archevêques de Paris; 1 vol. in-4°; Paris, 1698.

2 Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. V.

3 Gorbinelli, t. II, p. 56.

■* Il n'avait qu'une dizaine d'années, quand Vincent de Paul quitta la maison de Gondi : il ne put donc guère profiter des leçons de son saint instituteur.

qui ont une flèche au cœur. Il mérita que Bossuet prononçât sur lui ces grandes paroles : « Cet homme si fidèle aux particuliers, si redoutable à l'Etat, d'un caractère si haut, qu'on ne pouvait ni l'estimer, ni le craindre , ni Taimer , ni le haïr à demi ; ferme génie que nous avons vu, en ébranlant l'univers, s'attirer une dignité qu'à la fin il voulut quitter comme trop chèrement achetée , ainsi qu'il eut le courage de le reconnaître dans le lieu le pluséminent de la chrétienté, et enfin comme peu capable de contenter ses désirs : tant il connut son erreur et le vide des grandeurs humaines. Mais pendant qu'il voulait acquérir ce qu'il voulait un jour mépriser, il remua tout par de secrets et puissants ressorts; et après que tous les partis furent abattus, il sembla encore se soutenir seul, et seul encore menacer le favori victorieux de ses tristes et intrépides regards *. »

C'est probablement en reconnaissance de tous les services rendus à ses enfants, et aussi pour se l'attacher davantage, que M. de Gondi offrit, en 1615, à saint Vincent de Paul un canonicat vacant dans le célèbre chapitre d'Ecouis, au diocèse d'Evreux. Sur les terres des Gondi , il y avait plusieurs bénéfices , cures et canonicats , dont il avait la collation selon la discipline de ce temps. Il lui offrit le premier vacant. Non pas qu'il eût dessein que notre saint occupât ce poste ; car il fut stipulé qu'il aurait un suppléant, et qu'il continuerait à résider dans la famille de Gondi. C'était un simple titre d'honneur qu'il voulait lui conférer, et qu'aussi notre saint ne put pas décliner. Il en prit possession par procureur le 27 mai 1615, et en personne le 16 septembre suivant; nous en avons le procès-verbal détaillé. « Le 16 septembre 1615, lit-on dans un registre de l'ancienne collégiale d'Ecouis, maître Vincent de Paul,

: 1 Bossuet, Oraison funèbre de Michel le Tellier, t. XII, p. 586 ; Paris, Louis Vives, 1864.

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