LIVRE I. — CHAPITRE IV
prêtre , bachelier en théologie , se présenta en personne pour faire le serment de fidélité et recevoir Yosculum pacis y ce qui se devait nécessairement avant qu'un chanoine , ayant pris possession par procureur , pût porter l'habit au chœur. En conséquence, Vincent prêta serment, signa la promesse de remplir ses charges; mais, obligé de demem^er à Paris, il demanda et il obtint de se donner un suppléant; après quoi il reçut le baiser de paix et invita la compagnie à dîner pour le lendemain , jour de la dédicace d'Ecouis, pro suo jucundo adveniii, suivant la coutume de ce chapitre *. » C'est du reste la seule fonction canoniale qu'il ait remplie; car on ne voit pas qu'il soit jamais revenu à Ecouis.
Pendant que saint Vincent de Paul travaillait avec patience à l'éducation de ses élèves, de natures si diverses, il exerçait, sans y travailler et sans s'en rendre compte, une influence profonde sur leurs parents, M. et ]yjme ^g Gondi. Il faut avouer aussi qu'ils n'avaient jamais rien vu de pareil. Cet homme admirable s'était fait au sein de ces magnifiques et bruyants palais une sorte de thébaïde. Il n'en sortait que quand ses devoirs l'appelaient auprès de ses élèves, ou quand M. et M""^ de Gondi désiraient lui parler. Avec quel respect il les traitait! Plein de foi, habitué à chercher Dieu en tout, il voyait en M. de Gondi Notre -Seigneur Jésus- Christ, en M°^® de Gondi la très sainte Vierge. C'est lui qui nous l'apprend. Envoyant un de ses prêtres passer quelque temps chez un grand seigneur, il lui donne quelques conseils pour s'y comporter saintement, relativement à la confession, à la communion, à la sainte messe, devant eux. u II y a, lui dit-il, quelque cérémonie à la fin de la messe qu'on fait devant les grands : c'est, après avoir ôté la chasuble, de se retourner et de faire un enclin. J'ai a^u faire cet acte de révérence par
' Mag-nard, t. I, p. 87,
notre bienheureux M&' de Genève à M. le général des galères. Votre condition est infiniment au-dessous de celle de ce grand et saint prélat. Il me semble de plus qu'on leur porte le corporal à baiser et qu'on va leur donner de l'eau bénite après la messe; je ne l'ai jamais fait, je n'en sais rien; mais vous vous en informerez. J'avais pour maxime de regarder M. le général en Dieu et Dieu en lui , et de lui obéir de même , et à feu Madame comme à la sainte Vierge, et de me présenter devant eux, si ce n'est qu'ils m'y appelassent, ou pour quelque affaire pressante ou d'importance. Au nom de Dieu, Monsieur, faites-en de même. Quant aux domestiques, il les faut beaucoup honorer et traiter doucement, cordialement et fort respectueusement, et surtout leur dire parfois quelque chose de Dieu ^ »
De toute cette manière d'être il résultait quelque chose de doux , de recueilli , d'humble , de dévoué , qui donnait à sa parole, à sa tenue, un cachet extraordinaire.
Mais cette humilité du grand serviteur de Dieu n'empêchait pas la fermeté. On en a conservé un trait remarquable. Philippe -Emmanuel avait été outragé par un seigneur de la cour, et, malgré sa piété, il crut qu'il se devait à lui-même, à son nom, à l'honneur de sa famille , dé laver cet affront dans le sang de l'insulteur. Mais avant d'aller sur le terrain , par une de ces inconséquences qui ne sont pas rares , il vint à sa chapelle, entendit pieusement la messe et resta longtemps en prière pour recommander à Dieu l'issue de son duel et le salut de son âme. C'était saint Vincent de Paul qui disait la messe. Instruit de ce projet, de concert peut-être avec M^^ de Gondi, il attend que tout le monde se soit retiré, et quand Philippe -Emmanuel est seul dans la chapelle , il vient s'agenouiller à ses pieds :
1 Lettres, t. I, p. 148, n» 146.