‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 41 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE IV

« Souffrez, Monseigneur, lui dit-il, que je vous dise un mot en toute humilité. Je sais de bonne part que vous avez dessein de vous aller battre en duel. Mais je vous déclare, de la part de mon Sauveur, que je viens de A^ous montrer et que vous venez d'adorer, que si vous ne quittez ce mauvais dessein, il exercera sa justice sur vous et sur toute votre postérité ^ » A ces graves paroles, qui remuent en M. de Gondi les sentiments du père avec ceux du chrétien, sa colère tombe; il regarde l'autel et promet au saint prêtre d'abandonner à Dieu le soin de sa vengeance.

On pense bien que M"^*" de Gondi, avec sa piété angélique, n'avait pas été la dernière à sentir ce parfum de sainteté qui s'exhalait de la vie de Vincent de Paul. Timide et timorée jusqu'au scrupule, elle brûlait de lui ouvrir son âme, mais elle n'osait pas. Elle eut donc recours à M. de Bérulle, « le priant d'obliger ce sage et vertueux prêtre de prendre soin de sa conscience et de l'aider de ses bons avis. Ce qu'il fit par esprit de déférence et de soumission aux sentiments de celui qu'il respectait comme le père de son âme, quoiqu'il en ressentît beaucoup de confusion , à cause de sa grande humilité^. » Sous la conduite de ce saint directeur, jyjme jg Gondi fit de rapides progrès. Trop concentrée en elle-même et embrouillée de scrupules, il l'en arracha et la jeta avec lui dans les œuvres de charité. Elle se mit à visiter les pauvres , à soigner les malades , à descendre jusque dans les plus misérables chaumières. Comme elle était douce et gracieuse, payant de sa personne encore plus que de sa bourse , tous les pauvres , tous les mourants la réclamaient. Elle ne refusait à personne , si bien que ses forces n'étant point à la hauteur de telles fatigues, elle tomba bientôt malade et fut à la

» Abelly, t. I, p. 30.

2 Id., p. 29.

mort. Il paraît que Vincent de Paul ne se ménag^ea pas davantage; car lui aussi se sentit atteint dans sa santé, et n'échappa que ^râce à sa robuste constitution.

On aimerait à avoir des détails sur cette campagne de charité menée avec tant d'entrain par M™® de Gondi et son saint directeur ; mais l'humilité était en l'un et en l'autre encore plus grande que la charité. Un seul fait a échappé à l'ombre et permet de voir combien cette charité était élevée, encore plus soucieuse du péril des âmes que des souffrances du corps. La famille de Gondi était au château de Folleville, près d'Amiens; un soir, on vint chercher Vincent de Paul pour entendre la confession d'un paysan qui se mourait. « Quoique cet homme, dit Abelly, eût toujours vécu chrétiennement en apparence, il se trouva qu'il avait la conscience chargée de plusieurs péchés mortels qu'il avait toujours cachés par honte. M. Vincent, l'étant allé voir, eut la pensée de le porter à faire une confession générale pour mettre son salut en plus grande sûreté. » La suite fit voir que cette pensée venait de Dieu; car M™'' de Gondi étant arrivée peu après pour avoir de ses nouvelles, il lui avoua avec larmes ses confessions sacrilèges et les énormes péchés de sa vie passée ; « ce qui fit, continue Abelly, que cette vertueuse dame, touchée d'étonnement, s'écria, adressant la parole à M. Vincent : « Ah! Monsieur, qu'est-ce que cela? qu'est-ce que nous venons d'entendre? Il en est sans doute ainsi de la plupart de ces pauvres gens. Ah! si cet homme , qui passait pour homme de bien , était en état de damnation, que sera-ce des autres qui vivent plus mal? Ah! monsieur Vincent, que d'âmes se perdent! Quel remède à cela? »

]yj[me (Jq Gondi supplia notre saint de prêcher le dimanche suivant sur la nécessité des confessions générales : « Et Dieu , dit saint Vincent de Paul , eut tant d'égard à la confiance et à la bonne foi de cette dame

Page 1