‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 42 sur 394 · LIVRE 1. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE 1. — CHAPITRE IV

(car le grand nombre et rénormité de mes péchés eût empêché le fruit de cette action), qu'il donna la bénédiction à mon discours; et toutes ces bonnes gens furent si touchés de Dieu, qu'ils venaient tous pour faire leur confession générale. >> — « Nous fûmes ensuite, continue saint Vincent de Paul, aux autres villages qui appartenaient à Madame en ces quartiers-là, et nous fîmes comme au premier : il y eut grand concours, et Dieu donna partout la bénédiction. Et voilà le premier sermon de la Mission , et le succès que Dieu lui donna le jour de la Conversion de saint Paul ; ce que Dieu ne fit pas sans dessein en un tel jour*. » C'était le 25 janvier 1617.

Cet événement fit une si vive impression sur M"^^ de Gondi, qu'elle mit immédiatement en réserve une somme de 16 000 livres pour l'offrir à une congrégation qui , de cinq ans en cinq ans , consentirait à donner une mission dans les villages qui lui appartenaient. Vincent en fit la proposition aux Pères Jésuites et aux Pères de l'Oratoire, qui ne purent l'accepter; et enfin ]y/[me ^Q Gondi , ne sachant à qui s'adresser , fit son testament par lequel elle laissait cette somme à Vincent de Paul pour fonder des missions aux lieux et en la manière qu'il jugerait à propos. Quant à lui, il garda de ce jour un souvenir profond; il en célébra tous les ans l'anniversaire, sans se rendre pourtant bien compte encore que cette première mission était la forme de toutes celles qu'il ferait donner plus tard , et renfermait comme le germe de cette congrégation destinée à évangéliser les campagnes, et que pour cette raison il'appel- "lerait la Congrégation de la Mission.

Est-ce cette mission de Folleville qui avait ravivé dans le cœur de saint Vincent de Paul sa passion pour les pauvres? Etait-ce désir d'une vie plus cachée? Tou-

1 Abell}^, t. I, p. 33-31.

jours est -il qu'on apprit tout à coup une nouvelle étrange, inattendue. Vincent de Paul avait quitté subitement le château de Montmirail et la famille de Gondi avec Fintention de n'y plus revenir. Il n'avait pas osé le dire en partant. Il avait pris le prétexte d'un petit voyage à Paris, avait écrit de là à M. de Gondi; et quand on avait reçu la lettre, il était déjà loin, caché au fond de la Bresse, dans une petite ville très abandonnée et très pauvre, Châtillon-les-Dombes.

Lorsqu'on cherche à se rendre compte des motifs d'un acte pareil de la part d'un homme si sage et si sensé , si bon surtout et si reconnaissant, on se heurte aux dernières délicatesses de l'âme d'un grand saint. Depuis cinq ans qu'il était dans la famille de Gondi, Vincent de Paul avait vu la vénération s'attacher à sa personne et grandir à chacun de ses pas. On le traitait de saint, lui qui ne s'appelait que « ce misérable ». Il fallait trouver quelque pays éloigné où il ne fût pas connu, et où il pût vivre dans l'obscurité la plus profonde. De plus, M"^^ de Gondi s'était mise sous la direction de Vincent de Paul, et elle y avait trouvé une paix inexprimable. Pieuse et timide , timorée jusqu'au scrupule, ayant toujours peur d'offenser Dieu, elle ne pouvait plus se passer de son saint directeur. Elle le voulait toujours auprès d'elle. De temps en temps il l'obligeait à se confesser à un autre , et il la forçait d'avouer qu'elle en avait reçu de la consolation. Elle obéissait et reconnaissait volontiers le bien qu'on avait fait à son âme ; mais elle n'en revenait qu'avec plus d'empressement à son saint directeur. Voyant cela, Vincent de Paul eut peur d'être la cause involontaire d'un arrêt dans la perfection de M"^^ de Gondi. A l'exemple donc de Notre- Seigneur , qui disait à ses Apôtres : « Il est bon pour vous que je m'en aille, » sachant M"^" de Gondi capable de monter sur les derniers sommets du détachement, il résolut de s'éloigner.

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