LIVRE I. — CHAPITRE IV
Il semble que la question de l'éducation des enfants soit entrée aussi pour beaucoup dans sa résolution. Ces enfants grandissaient, l'aîné avait déjà quinze ans; et notre humble saint estimait qu'un « méchant écolier de quatrième », comme il s'appelait humblement, était incapable de donner « à ces trois petits seigneurs » une éducation en rapport avec les grandes charges qu'ils devaient occuper plus tard. Déplus, ces enfants étaient « de vrais démons » , comme les appelait en souriant la marquise de Meignelais.
Ils ressemblaient à leur père et à leur mère aussi peu que possible. On retrouvait, au contraire, en eux toutes les violences, toutes les ambitions, avec tout le génie de leur grand-père le maréchal de Retz, de leur grandoncle le premier cardinal de Gondi. Entre leurs pères et leurs enfants, Philippe -Emmanuel et sa pieuse épouse étaient comme des colombes dans un nid d'aigles et de vautours.
Ajoutons, pour nous rendre bien compte des motifs de saint Vincent de Paul , que la paix de la famille de Gondi était depuis quelque temps singulièrement trou- . blée par les événements politiques.
La guerre civile était dans les rues et pénétrait dans les maisons. Concini, si fameux sous le nom de maréchal d'Ancre, venait d'être tué au sortir du Louvre (24 avril 1617); sa femme, Léonora Galigaï, la maréchale d'Ancre, après avoir vu les plus superbes têtes inclinées devant elle , avait été brûlée en place de Grève (8 juillet).
La reine Marie de Médicis avait été envoyée en exil à Blois. Florentins comme Marie de Médicis , et quelque peu ses parents , amis du maréchal et de la maréchale d'Ancre , touchant à une foule de grandes familles compromises, la maison des Gondi était le rendez-vous des plus ardentes passions politiques. Tout cela déplaisait à Vincent de Paul. Il avait soif de paix, de silence.
d'humilité , d'oubli de ces agitations d'orgueil , et il rêvait un petit coin ignoré où il n'entendrait plus parler que de Dieu et des pauvres. Cependant il ne fit rien sans consulter M. de Bérulle, et, en ne touchant que le plus délicatement possible les motifs dont nous venons de parler, il lui exposa les besoins de son âme. M. de Bérulle, se voyant en présence d'un homme qui ne se dirigeait que par les plus hauts motifs de la foi, et qu'il avaitdes raisons de croire mû directement par Dieu, surtout en cette question des missions des campagnes , donna son consentement; et Vincent partit, heureux d'oublier ce grand monde si agité et de se retrouver au milieu de ses chers pauvres. Il arriva à Ghâtillonles-Dombes dans les premiers mois de 1617; et, le 1" août suivant, il en était installé curé.