CHAPITRE V
Saint Vincenl de Paul curé de Châtillon-les-Dombes. — 11 commence à applique!' les femmes chrétiennes, puis les hommes, au service des pauvres. — 11 rentre dans la maison de Gondi. — Développement des Charités.
Vincent de Paul s'était, pour ainsi dire, enfui de la maison de Gondi. Il était parti , prenant pour prétexte un voyage d'affaires à Paris , mais sans dire à personne qu'il ne reviendrait pas. Aussi son premier soin, dès qu'il eut été installé à Ghâtillon, fut d'écrire à M. de Gondi, qui commandait à ce moment les galères royales sur les côtes de Provence. Pour expliquer son départ, il ne mettait qu'un motif en avant, l'incapacité où il était de donner à ses fils l'éducation et l'instruction dont ils avaient besoin. On juge de l'étonnement et de la douleur de M. de Gondi. Eloigné sans cesse par la guerre, jeté dans les intrigues et les passions de la politique, ce lui était une sécurité de sentir dans sa maison un prêtre d'une si haute vertu, d'un jugement si parfait. Mais quel étonnement encore plus grand, quelle douleur plus vive en M°^^ de Gondi ! Pour elle , pour la direction de sa conscience si timorée, pour l'éducation de ses trois enfants, et plus tard pour ramener son mari à une vie
plus chrétienne, — car elle le trouvait trop lancé dans les choses du monde, — elle avait tant besoin de saint Vincent de Paul ! Lui seul était capable d'obtenir de tels résultats. On "a conservé quelques fragments des lettres qui furent échangées en ce moment; elles sont admirables. Voici d'abord la lettre que M. de Gondi écrivit à sa pieuse femme pour lui apprendre cette nouvelle : « Je suis au désespoir d'une lettre que m'a écrite M. Vincent, et que je vous envoie pour voir s'il n'y aurait point encore quelque remède au malheur que ce nous serait de le perdre. Je suis extrêmement étonné de ce qu'il ne vous ait rien dit de sa résolution, et que vous n'en ayez point eu d'avis. Je vous prie de faire en sorte, par tous moyens, que nous ne le perdions point. Car, quand le sujet qu'il prend (son incapacité prétendue) serait véritable , il ne me serait de nulle considération , n'en ayantpointde plus forte que celle démon salut etde mes enfants, à quoi je sais qu'il pourra un jour beaucoup aider, et aux résolutions que je souhaite plus que jamais pouvoir prendre, et dont je vous ai bien souvent parlé. Je ne lui ai point encore fait de réponse, et j'attendrai de vos nouvelles auparavant. Jugez si l'entremise de ma sœur de Ragny, qui n'est pas loin de lui , sera à propos ; mais je crois qu'il n'y aura rien de plus puissant que M. de Bérulle. Dites -lui que quand bien même M. Vincent n'aurait pas la méthode d'enseigner la jeunesse, il peut avoir un homme sous lui ; mais qu'en toutes façons je désire passionnément qu'il revienne en ma maison, où il vivra comme il voudra, et moi un jour en homme de bien , si cet homme -là est avec moi. »
M™^ de Gondi reçut cette lettre le jour de l'Exaltation de la sainte Croix (14 septembre 1617). Elle en fut accablée , « ne cessant de pleurer et ne pouvant ni manger ni dormir *. » — « Je ne l'aurais jamais pensé, disait-elle
i Abelly, p. 39.